Kessel

L’édito – 7 octobre : trois ans de malheur

7 OCTOBRE : TROIS ANS DE MALHEUR

LibreJournal.fr
3 min ⋅ 07/10/2026

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On ne rendra jamais assez hommage aux victimes du pogrom déchaîné par le Hamas. Mais au-delà d’une réaction de défense légitime, cette guerre qui dure depuis trois ans mine l’État hébreu, ravage la région et rend le monde plus haineux et plus dangereux.

D’abord le cruel et lancinant souvenir de la barbarie déchaînée par le Hamas il y a trois ans jour pour jour : plus de 1500 civils immolés, torturés, des enfants massacrés et des femmes violées et assassinées. Un traumatisme sans égal pour la société israélienne, une blessure béante pour quiconque se réfère un tant soit peu aux valeurs humaines. Mais aussi, après trois années de guerre et de massacres, un bilan désastreux pour tous les protagonistes, pour une région ravagée par les bombes, les drones et les missiles et pour l’équilibre mondial, dans un conflit qui étend ses ramifications délétères à la planète entière, bouscule son économie et répand la haine sur tous les continents.

Le Hamas profondément affaibli

Le Hamas a voulu cette guerre. Qu’y a-t-il gagné ? Rien, sinon un affaiblissement stratégique et le malheur sans fin pour ces Palestiniens dont il est censé défendre la cause : imbécillité du fanatisme islamiste. Ses combattants ont été décimés, ses chefs éliminés, Sinouar en tête, instigateur du pogrom ; la population de Gaza est martyrisée, son parrain l’Iran a été bombardé sans relâche, des « proxys » éliminés en Syrie, amoindris au Liban et au Yémen. Le pogrom du 7 octobre a fait reculer comme jamais la perspective de voir naître un jour un État palestinien et le conflit a consacré la supériorité militaire écrasante de l’État hébreu, certes isolé dans le monde, mais fort du soutien américain et rassuré par la réaliste et prudente diplomatie des États du Golfe. Affaiblir son camp, sacrifier son peuple, renforcer son ennemi : ainsi se résume la sanglante équipée du Hamas.

Israël face aux limites de la force

Le gouvernement israélien a gagné la guerre ? Techniquement oui, politiquement non. Passée la phase légitime d’autodéfense et de représailles – quelle nation aurait subi une telle agression sur son sol sans réagir avec force ? – la guerre continue comme une machine folle et imprévisible. La poursuite indéfinie des opérations à Gaza et en Cisjordanie, avec les exactions des colons, mine ceux qui les mènent.

Israël veut éradiquer le Hamas, quel qu’en soit le bilan humain. Or on peut tuer les combattants et les civils, mais on ne tue pas une idée. Celle du Hamas est toujours vivante et maléfique, les combats n’y changent rien. Tant que la question palestinienne ne sera pas réglée, cette idéologie obscurantiste et destructrice continuera de hanter la région.

Décidée inopinément par Trump et Netanyahou sans réflexion stratégique, la guerre contre l’Iran aboutit à une autre impasse. Le régime des mollahs a survécu, gagnant au passage un désastreux prestige dans le monde musulman. La question du nucléaire iranien n’est pas plus avancée qu’au moment du traité de Vienne, qui permettait au moins des inspections régulières aujourd’hui impossibles.

La région dans une impasse durable

Les stratèges à courte vue placés à la tête de la première armée du monde n’avaient pas envisagé la fermeture du détroit d’Ormuz – tragique incompétence. Celle-ci fait bondir le prix du pétrole et déstabilise par là même la plupart des gouvernements démocratiques, ouvrant un boulevard aux nationaux-populistes. La continuation des crimes de guerre à Gaza lève contre Israël une réprobation planétaire, notamment parmi les jeunes générations, et réactive de manière angoissante un antisémitisme latent qui s’était réfugié dans la marginalité des réseaux.

La perspective des deux États se partageant l’ancien territoire du mandat a reculé elle aussi. Pourtant on continuera de l’écrire contre vents et marées : elle reste la seule voie de l’apaisement, à moins de choisir la guerre de cent ans, qui entretient le malheur dans la région, sacrifie les peuples et rend le monde plus haineux et plus dangereux.


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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.