Kessel

Lyon-Turin : ce qu’il y a au bout du tunnel

Plusieurs groupes écologistes protestent contre un projet… qui doit réduire les émissions de gaz à effet de serre

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 19/06/2023

Contradictions écologistes… Quelque 3000 personnes ont manifesté samedi contre le projet de ligne à grande vitesse Lyon-Turin à travers les Alpes, qui « éventre la montagne », artificialise les sols et risque de perturber l’équilibre hydrologique des vallées concernées. Manifestation d’apparence légitime, donc.

On oublie seulement, dans ce réquisitoire, de signaler que le projet réduira notablement la circulation des camions entre la France et l’Italie, qui empoisonne les vallées alpines. Outre la division par deux du temps de trajet entre Lyon et Turin, les promoteurs de la nouvelle ligne estiment qu’elle économisera chaque année un million de tonnes d’équivalent CO2, ce qui représente les émissions d’une ville de 300 000 habitants. Même en supposant que le chiffre soit un peu gonflé pour les besoins de la cause, l’économie en émissions est indiscutable et conséquente.

Pour cette raison, la construction de cette liaison est incluse dans le vaste « Green Deal » européen et participe d’un projet plus global : le développement de liaisons ferroviaires rapides dans toute l’Europe, qui réduira le trafic routier et aérien sur le continent. Arguments forts, qui justifient, aux yeux des pouvoirs publics, le coût élevé de l’opération (quelque 26 milliards d’euros, financés en partie par l’Union européenne).

Quant à « l’éventration » de la montagne, l’image est ridicule. Les tunnels sont souterrains et donc invisibles ; à l’échelle d’un massif montagneux comme les Alpes, ils sont minuscules ; et avec une pollution diminuée, la montagne se portera mieux après le tunnel qu’avant. En Occitanie, d’ailleurs, où le projet de ligne Perpignan-Montpellier est lui aussi contesté, les défenseurs de l’environnement exigent, pour éviter les nuisances… le percement d’un tunnel sous le massif des Corbières.

À vrai dire, l’affaire n’oppose pas, selon un schéma trop simple, les écologistes et les « productivistes », mais plutôt deux conceptions de l’écologie. Pour les uns, qui manifestaient samedi, cette volonté de faciliter les échanges économiques, de gagner du temps, de favoriser une croissance nouvelle, serait-elle moins polluante, a quelque chose d’immoral.

L’heure est à la sobriété, à la lenteur, au respect quasi religieux des sites naturels. En un mot : à la décroissance, qui seule réduira les émissions de gaz à effet de serre. Pour les autres, qui soutiennent le projet, la croissance n’est pas un mal en soi. Si des projets globalement favorables à l’environnement en même temps qu’à l’économie exigent des investissements massifs, il faut les consentir. Décroissance d’un côté, nouvelle croissance de l’autre. P

our l’instant, le choix des autorités démocratiquement élues, de droite ou de gauche, n’est pas douteux : pour protéger le climat tout en favorisant l’emploi et les échanges, elles ont décidé de promouvoir, plutôt que l’avion et le camion, une Europe du rail. Celle-là même, d’ailleurs, que les écologistes appelaient encore récemment de leurs vœux.


PS: Je vous invite cordialement à consulter aujourd’hui l’article Marlène Schiappa: quand la légèreté fait tomber ainsi que l’article Entre ici, Manouchian, éternel oublié et toujours le contenu complet de notre quotidien numérique lejournal.info

Laurent Joffrin




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Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.