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Les « réalistes » affectent de se moquer des rappels au droit international lancés avec véhémence à l’ONU par Emmanuel Macron. Mais au fait, quel est le bilan des politiques de force menées ces dernières années par les contempteurs du multilatéralisme ?
Il est de bon ton, chez les esprits forts, les réalistes, les adeptes du rapport de forces, les professionnels de la realpolitik, de dauber sur le droit international. Référence sympathique et vide, disent-ils, qui ignore tout des réalités planétaires, qui flotte dans le ciel des concepts philosophiques et creux, qui se noie dans la mélasse irénique des bons sentiments coupés du réel, de la morale de pacotille, des bonnes paroles sans rapport avec les tristes et implacables réalités de ce bas monde dans lequel nous vivons.
Macron défend le droit international
Ainsi des paroles d’Emmanuel Macron, qui s’est livré mardi à New York, pour son dernier discours devant l’ONU, à un vibrant plaidoyer pour les principes de bonne entente entre les nations. « Nous devons nous mobiliser, encore et encore, pour défendre le droit international et le droit international humanitaire », a dit le président français. « En temps de guerre, il ne peut y avoir de paix sans justice. (…) Chaque fois que certains États ont voulu passer en force pour changer un système ou renverser un régime, cela a conduit à un chaos encore plus grand. »
Réaction immédiate des intelligences supérieures qui président au sort d’Israël et des États-Unis et, par là même, au devenir d’une bonne partie de l’humanité. « L’absurdité grotesque des propos d’Emmanuel Macron est sidérante », a déclaré le bureau du Premier ministre Benyamin Netanyahou, imité par l’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, jugeant « difficile d’imaginer un discours plus déconnecté de la réalité que celui de Macron à l’ONU ».
Fort bien. La passe d’armes est classique entre « les candides » et les « lucides », entre les bons apôtres de la concorde et les décideurs virils qui osent, eux, affronter sans trembler les dérangeantes vérités des conflits mondiaux. L’expérience humaine, dira-t-on, toute de bruit et de fureur, donne malheureusement raison aux réalistes et renvoie les naïfs dans le paradis imaginaire du prêchi-prêcha humanitaire. Seule la force, concluent-ils, est capable de résoudre les problèmes, d’assurer la sécurité des peuples et de trancher les nœuds gordiens de l’actualité.
Iran et Ukraine à l’épreuve de la force
Alors examinons ! Confiants dans leur force, méprisant le droit, Israéliens et Américains attaquent l’Iran pour détruire le dangereux et obscurantiste régime des mollahs ou, à tout le moins, pour l’empêcher de se doter un jour de l’arme nucléaire. Dix mois plus tard, le régime est toujours debout, défiant ses adversaires tout en martyrisant son peuple, et les États-Unis sont dans l’humiliante situation d’avoir à négocier avec leurs ennemis sans aboutir à rien.
Mieux : deux détroits cruciaux, ceux d’Ormuz et de Bab-el-Mandeb – jusque-là maintenus ouverts en vertu… du droit international – sont quasi fermés, jetant un indescriptible désordre dans l’économie mondiale, obérant la popularité de Donald Trump et menaçant la stabilité des pays européens. Aussi bien, le mystère demeure sur la capacité iranienne à se doter de l’arme nucléaire, alors que les négociations antérieures – menées… au nom du droit international – avaient autorisé les Occidentaux à inspecter les installations iraniennes, chose désormais interdite.
En Ukraine, un temps épargnée en raison des négociations diplomatiques en cours au nom du droit, l’agresseur russe piétine depuis quatre années, ruinant largement son économie, causant d’immenses pertes civiles et militaires des deux côtés, incitant l’Union européenne à se réarmer à grande vitesse, sans que l’usage de la force n’ait, jusqu’à maintenant, laissé entrevoir un début de solution au problème.
Gaza et les limites du rapport de forces
À Gaza, la destruction de la moitié de l’enclave et le massacre indistinct des civils ont déclenché une hostilité mondiale envers Israël, isolé son gouvernement comme jamais et obligé l’État hébreu à mener une guerre interminable et ruineuse, alors que le Hamas criminel, toujours menaçant en dépit des pertes subies, a gagné un immense prestige dans le monde musulman.
En Cisjordanie, les violations incessantes du droit des gens ont achevé de détruire le crédit de l’État hébreu, discrédité les forces palestiniennes non islamistes et repoussé aux calendes grecques toute négociation sur le partage de l’ancienne Palestine entre deux États, seule solution rationnelle au conflit, que les mêmes esprits forts tournent maintenant en ridicule sans proposer à la place autre chose qu’une guerre de cent ans.
Enfin, l’usage « réaliste » de la force et de la menace commerciale par Donald Trump, vis-à-vis de ses alliés européens ou canadiens – au mépris, là aussi, du droit international – n’a eu d’autre effet que de diffuser hostilité et méfiance envers les États-Unis et de disloquer le camp des démocraties face aux prétentions des empires tyranniques.
En un mot, ces politiques de force qu’on présente comme inévitables ou salvatrices, face à un droit international abstrait et inopérant, se sont retournées contre leurs auteurs, jeté les peuples dans l’angoisse et rendu la planète autrement plus dangereuse qu’aux temps ridicules du dialogue multilatéral. On en conviendra : une formidable réussite des politiques de force.
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