Kessel

L’édito – Bayrou : le bénéfice du doute

BAYROU : LE BÉNÉFICE DU DOUTE<br><br>Dans l’entrelacs des arguments employés lors de la comparution du Premier ministre au Parlement, difficile de se faire une religion. Rappelons seulement ce principe élémentaire : c’est à l’accusation qu’incombe la charge de la preuve.

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 16/05/2025

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Il est tout à fait possible que François Bayrou, mis au courant par la presse, ou par des contacts personnels, d’une affaire de pédo-criminalité en cours à Bétharram et, plus généralement du caractère brutal des méthodes pédagogiques en usage dans cet établissement, ait décidé de faire silence. Dans ce cas, cette solidarité instinctive avec un collège géré par son église serait très condamnable, et ses dénégations initiales devant l’Assemblée nationale, un mensonge hautement répréhensible, comme le soutient avec une certitude d’airain le député LFI Paul Vannier.

Mais il est possible, aussi, que François Bayrou, pris de court devant la représentation nationale et n’ayant aucun souvenir précis de cette affaire, ait nié de bonne foi la connaître. L’oubli et le mensonge sont deux choses différentes. Après tout, qui se souvient avec exactitude, parmi mille autres événements, de ce qu’il a fait tel ou tel jour il y a trente ans ?

Le Premier ministre ne serait alors ni plus ni moins coupable que la société française de cette époque, qui tolérait des coutumes scolaires archaïques et n’avait pas la même sensibilité qu’aujourd’hui envers les indices d’agissements pédo-criminels, les imputant non à un « système », mais à des déviances individuelles circonscrites et exceptionnelles. Auquel cas, les sinueuses réactions de Bayrou au scandale Bétharram devraient être mise sur le compte d’une maladresse fréquente chez lui, ou d’un défaut de mémoire qui n’est pas invraisemblable, et non d’une culpabilité.

Évidemment, ces nuances sont tout à fait étrangères à l’univers mental d’un Paul Vannier. Agissant selon le mot d’ordre de son parti, il est déterminé à faite tomber à tout prix un adversaire pour servir la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, quitte à confondre oubli et mensonge, à nier toute présomption d’innocence et prendre le risque de condamner sans preuves. Bayrou est un ennemi ? Il est donc coupable.

Quitte, surtout, à tenir des raisonnements qui sont des sophismes, comme celui qui consiste, par exemple, à affirmer que la gifle administrée à un gamin qui lui faisait les poches démontre que Bayrou occulterait, en excusant ce geste, le continent ignoré des violences sur l’enfance. On eût attendu aussi que son exigence implacable s’exerçât aussi envers son collègue Adrien Quatennens, gifleur de femme reconnu. Comme on sait, il n’en a rien été. Ce qui justifie la réplique Bayrou, notant que Jean-Luc Mélenchon, cité dans le livre La Meute, explique à ses troupes de zélotes, dont Vannier, qu’ils ne sont pas tenus à la bonne foi.

C’est ainsi que la tactique de l’apprenti Fouquier-Tinville se retourne contre le travail de la commission parlementaire dont il est rapporteur. Celle-ci, comme beaucoup l’ont rappelé, n’est pas consacrée à l’exécution politique éventuelle du chef du gouvernement, mais à la réforme nécessaire du contrôle des établissements scolaires en matière de violences faites aux enfants. C’est le point essentiel que l’acharnement pathologique de LFI sur un seul homme a relégué au second plan.


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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.