GUERRE D’IRAN : NON, LE DROIT N’EST PAS LA FAIBLESSE !
Les stratèges israéliens et américains ont jeté par-dessus bord toute référence au droit international. Mais s’ils échouent à faire tomber les mollahs, il sera démontré que la logique de la force n’est pas forcément supérieure à celle du droit international.
Ils paraissent bien inutiles, ces appels au respect du droit international qu’on entend fuser ici et là, par exemple dans la fiévreuse philippique de Dominique de Villepin hier sur France Inter. Les tenants de la seule realpolitik ont beau jeu de leur opposer les vérités cruelles du monde nouveau dominé par la lutte des empires, où la force devient l’ultima ratio.
La Chine, la Russie, l’Amérique trumpiste se soucient de ce droit comme de leur première transgression, lancées qu’elles sont dans une lutte sans merci pour la domination planétaire. Narquois, les stratèges israéliens et américains peuvent répondre ainsi aux avocats d’un monde régulé par le droit qu’ils ne peuvent y souscrire quand ils ont affaire avec un pays comme l’Iran, qui n’a cessé de fouler aux pieds les règles habituelles des régimes civilisés, qui a soutenu avec constance des organisations islamistes et terroristes au Moyen-Orient, qui a tenu à bout de bras le régime dictatorial et sanglant de Bachar el-Assad, qui menace régulièrement ses ennemis, Israël au premier chef, de destruction totale, et qui a mené une répression féroce contre son propre peuple. Les mollahs se soucient-ils du droit international ? En aucune manière : la turpitude des uns justifierait ainsi celle des autres ; l’attaque conjointe d’Israël et des États-Unis contre l’Iran y trouve une légitimité apparente.
La force peut-elle suffire ?
Encore faut-il que les cyniques plaidoyers des tenants de la realpolitik soient confirmés… par la réalité politique. Bien sûr, si le régime islamiste tombe à Téhéran, le recours à la force sera difficile à récuser. Les choses étant ce qu’elles sont, c’est même le scénario idéal pour cette guerre qui menace d’embraser tout le Moyen-Orient.
Mais l’histoire des guerres aériennes montre que la guerre contre l’Iran est tout sauf prévisible. Peut-on faire tomber un régime par la seule force des airs, comme l’ont cru des stratèges tels que le général italien Douhet dans les années trente, l’Américain Curtis LeMay ou l’Air Marshal Harris, chef du « Bomber Command » britannique pendant la Seconde Guerre mondiale ? Ni l’Allemagne, ni le Japon, ni Saddam Hussein, cibles de ces stratèges et de leurs émules, ne se sont rendus par la seule force des bombardements. Il a fallu, à chaque fois, que des troupes au sol aillent jusqu’à la capitale de leurs ennemis pour les abattre.
Il peut en aller de même pour les mollahs fanatiques qui gouvernent l’Iran. S’ils survivent à la campagne aérienne entamée vendredi dernier, dont Donald Trump annonce qu’elle pourrait durer plusieurs semaines, la guerre peut fort bien se terminer par un compromis confus où la République islamique, quoique affaiblie, resterait en place, en échange d’un renoncement à sa politique étrangère agressive. Dans ce cas, le président américain pourrait crier victoire tout en laissant le peuple iranien à la merci de ses bourreaux.
Si cette hypothèse se matérialise, on la comparera à une autre stratégie, celle que les démocraties avaient entamée sous Barack Obama et Joe Biden, qui consistait à négocier avec le pouvoir iranien un ralentissement pour dix ans de son programme nucléaire en échange d’une levée des sanctions occidentales. En respectant ainsi l’esprit du droit international, dont on se moque tant, les démocraties auraient alors abouti à un résultat stratégique similaire – la mise sous cloche de la menace iranienne – sans avoir déclenché une guerre meurtrière qui risque aujourd’hui de dégénérer en catastrophe régionale et, peut-être, mondiale.
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