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Dans sa course au prix Nobel, Donald Trump n’a engrangé que des succès mineurs ou peu probants. Il a prétendu être à l’origine de la fin des hostilités entre l’Inde et le Pakistan au printemps dernier, ce qu’a toujours démenti le premier ministre indien Modi. Jusqu’à maintenant, le milliardaire républicain s’est cassé les dents sur les plus grandes crises, l’offensive de Poutine sur l’Ukraine ou la guerre à Gaza.
C’est dire si la quatrième rencontre en neuf mois entre Trump et Netanyahou prenait de l’importance pour le locataire de la Maison-Blanche, qui veut toujours apparaitre comme un véritable « peacemaker ».
Avant même la conférence de presse qui clôturait la rencontre, les services américains diffusaient les grandes lignes du projet Trump pour mettre fin à la guerre. Une feuille de route en une vingtaine de points était distribuée, sans avoir laissé à Netanyahou le temps d’en faire le moindre commentaire. Point essentiel : le « jour d’après » à Gaza doit se faire sans le Hamas qui aura disparu et ne « jouera aucun rôle ». A l’évidence, le plan suppose que son infrastructure militaire, ses caches et ses tunnels auront été détruits.
Le New-York Times croit savoir que les forces israéliennes prendront position sur des lignes fixées à l’avance. Les opérations militaires seront à l’arrêt pour 72 heures afin de permettre la libération de la vingtaine d’otages encore vivants ainsi que le retour des corps des captifs décédés. Une seconde phase verra la libération de quelques 250 détenus palestiniens condamnées à vie et celle de 1700 Gazaouis incarcérés après l’attaque meurtrière du 7 octobre.
Après avoir assuré que « personne ne sera obligé de quitter Gaza » si le plan est adopté, le patron de la Maison-Blanche s’est montré plus menaçant. Dans l’hypothèse où le Hamas n’adopterait pas l’initiative américaine, « Israël, a-t-il souligné, aurait mon soutien total pour mener à bien la destruction de la menace que représente le Hamas ».
Le noyau dur de la feuille de Trump concerne la future gouvernance de l’enclave palestinienne. La Maison-Blanche imagine la création d’un « comité palestinien technique et apolitique » pour gérer les services publics, ou ce qu’il en restera après le passage des chars et des bulldozers israéliens. Mais surtout, cette structure sera sous le contrôle d’un « bureau pour la paix », un organisme international créé par les États-Unis avec l’appui de partenaires arabes et européens : il sera dirigé par Trump lui-même. Et c’est là que le nom de l’ancien premier ministre britannique Tony Blair apparaît.
Trump en a parlé lors de son passage à l’Onu. Son nom circule avec insistance dans les médias israéliens et britanniques pour prendre la tête de la future Autorité internationale de transition à Gaza (acronyme en anglais : Gita). Appuyé par l’Onu et plusieurs pays du Golfe, cet organisme deviendrait pour cinq ans l’autorité suprême dans l’enclave gazaouie. A terme, l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas reviendrait dans le jeu, mais sans calendrier précis.
Tony Blair connaît bien les dossiers du Moyen Orient. De 2007 à 2015, il était le « chef d’orchestre » du Quartet, formé par les États-Unis, la Russie, l’Onu et l’Union européenne, pour relancer les accords d’Oslo sur le déclin. A l’époque déjà, il était critiqué pour sa gestion diplomatique, on le disait proche des Israéliens.
Il refait surface aujourd’hui dans le scénario écrit par Trump, qui paraît flou, lointain, irréaliste même puisque le « jour d’après » à Gaza doit advenir sans aucun dirigeant palestinien. En fait, le projet est dans les tuyaux depuis six mois. A la manœuvre, Jared Kushner, le gendre et ancien conseiller de Trump, un proche de Tony Blair.
Sans surprise, les critiques fusent parmi les Palestiniens. Ces derniers voient une nouvelle fois se dessiner un schéma de sortie de crise fondé sur un contrôle extérieur, comme si leur volonté de souveraineté n’était toujours pas à l’ordre du jour.
Les pouces levés devant les caméras Benyamin Netanyahou a suspendu ses diatribes guerrières, il soutient le plan Trump. Il n’a pas fait de commentaire sur le fait que ce projet n’évoque pas l’annexion de Gaza. Mais il n’a pas donné non plus de précision sur un éventuel retrait israélien. Surtout, on a bien remarqué qu’il ne dit pas la même chose en anglais devant les télévisions américaines et dans ses messages en hébreu sur les réseaux sociaux israéliens. Le Premier ministre adopte un profil bas et on pourrait croire qu’il s’est rapproché de son complice de la Maison-Blanche.
En fait, Trump tient compte des lignes rouges dessinées par les pays arabes du Golfe, notamment l’annexion de la Cisjordanie brandie par le Premier ministre israélien. Sans la moindre allusion en public, président américain a lui-même répercuté ces lignes rouges auprès de Netanyahou. Il lui a imposé de ne pas riposter à la reconnaissance de la Palestine par une dizaine de pays (dont la France) par l’annexion des territoires occupés. Trump mise sur ses liens avec les pays du Golfe pour rebâtir Gaza, relancer plus tard les accords d’Abraham suspendus depuis octobre 2023. Huit pays arabes soutiennent déjà son plan, mais on est loin de la « solution à deux états » proposée par la France.
En courant derrière son prix Nobel, Trump est capable de bousculer Netanyahou. Pas sûr que son partenaire israélien l’accompagne jusqu’au bout dans cette compétition.
par Pierre Benoit
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