Lire l’éditorial en ligne
Le temps des mots d’ordre irresponsables est-il passé ? En récusant enfin la violence, la direction de LFI semble le reconnaître. Peut-être laissera-t-elle le mouvement lycéen revenir à des méthodes de lutte démocratiques.
Il était temps. Saisi par une tardive lucidité, Jean-Luc Mélenchon a diffusé hier une consigne de « non-violence dans les méthodes de lutte ». C’est-à-dire à peu près le contraire du discours tenu depuis le début du mouvement par La France insoumise, qui a soutenu l’action des lycéens les plus agressifs, encouragé le blocage des établissements et imputé tous les débordements à la seule répression policière.
Autre porte-parole de LFI, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, avait déclaré que, dans certains cas (il faisait référence à l’affrontement de Saint-Ouen-l’Aumône avec la police), « la violence était légitime ». Propos irresponsables venant d’un élu de la République, dans l’ambiance de tension créée par les premiers blocages et par la réaction policière brutale ordonnée par un gouvernement décidé à étouffer dans l’œuf la contestation naissante.
Un bilan humain déjà lourd
Le résultat de cette double stratégie – blocages des lycées par la force et dispersion immédiate par les forces de l’ordre – se lit dans les statistiques : depuis le début des blocus, 119 élèves et personnels de l’éducation ont été blessés, selon le bilan communiqué mercredi par Édouard Geffray, ministre de l’Éducation, auxquels s’ajoutent 83 policiers et gendarmes blessés et 625 interpellations. Dans le même temps, l’intervention de la police a donné lieu à trois saisines de l’Inspection générale de la police pour des soupçons de violence illégale.
Il était temps, en effet, de changer de discours, sauf à souhaiter l’instauration d’un affrontement de rue incontrôlable. Peut-être revient-on – enfin – à un mouvement social démocratique bannissant la violence, sur fond de revendications légitimes, appuyées sur des méthodes légales, telles que la grève, la réunion ou la manifestation, tous droits strictement constitutionnels.
Les moyens de l’éducation en débat
Encore faut-il clarifier les choses. C’est un fait que trop d’établissements sont vétustes, notamment dans les quartiers populaires, que le salaire des professeurs est insuffisant, que le remplacement des enseignants absents fait trop souvent défaut et que la « priorité à l’éducation » affichée par les responsables politiques ne se traduit pas dans les orientations budgétaires.
Mais le discours sur le « manque de moyens » mérite d’être affiné. Outre qu’il se heurte aux réalités financières du pays – un déficit excessif et un endettement au coût exponentiel, que la mise au feu de la dette, solution farfelue, ne saurait pallier –, c’est aussi la répartition des crédits qui est en cause, comme le montre la situation en région parisienne. Les dotations budgétaires continuent de favoriser le centre-ville au détriment des banlieues, qui concentrent les difficultés sociales et scolaires. Aussi bien, le secteur privé, qui attire de plus en plus d’élèves, échappe pour l’essentiel à l’impératif de mixité sociale qui échoit à l’école publique.
Ce qui nous conduit à une conclusion fort simple : en choisissant la non-violence et en tenant compte de la situation réelle de l’Éducation nationale, qui souffre autant de difficultés d’organisation que de « manque de moyens », le mouvement lycéen – et bientôt étudiant – gagnera en légitimité démocratique.
Voir LibreJournal en ligne

DON DÉFISCALISÉ Je fais un don
Pour un socialisme démocratique renouvelé et indépendant,
Je soutiens LibreJournal.fr
DROIT D’AÎNESSE Éducation : les vraies raisons de la colère

L’école française ne manque ni de réformes annoncées ni de milliards affichés au budget. Pourtant, elle peine toujours à recruter, à remplacer ses professeurs et à réduire les inégalités. Et si le problème venait aussi de la manière dont l’argent est réparti ? Lire l’article
PRIMAIRE SOCIALISTE Proche-Orient : la gauche prend l’accent américain
Lors du premier débat de la primaire socialiste, le 23 septembre, Israël et Gaza ont provoqué l’une des passes d’armes les plus vives de la soirée. Un clivage bien connu des démocrates américains, qui traverse désormais l’Atlantique jusqu’à la gauche française. Lire l’article
CRISE DU LOGEMENT Espagne : un toit pour Maricarmen
Maricarmen Abascal, 87 ans, a quitté sur une civière l’appartement madrilène où elle vivait depuis l’adolescence. Son expulsion a soulevé une vague d’indignation et donné un visage à la crise du logement qui frappe l’Espagne. Lire l’article
RETOUR SIMPLE Syrie : revenir dans un pays qui n’est plus
Depuis la chute d’Assad, des centaines de milliers de Syriens sont rentrés. Mais comment revenir après des années d’exil, quand le pays a changé et ceux qui l’ont quitté aussi ? Pour une Syrienne réfugiée en France, la question est désormais très concrète. Lire l’article
CHRONIQUE La gauche doit renouer avec l’avenir
À l’époque où, plus que jamais, l’urgent l’emporte sur l’important, le dernier livre de Pierre Rosanvallon (La Tyrannie du présent, Le Seuil, septembre 2026) donne à réfléchir. Lire l’article
LE GRAND ENTRETIEN Guedj : « LFI est un marchepied pour le RN »
Qu’importe s’il lui manque les voix de LFI , le député de l’Essonne ne transigera pas avec ses valeurs . Il en appelle à tous les électeurs qui refusent de choisir entre Le Pen et Mélenchon. En Israël , il mise sur une coalition de démocrates pour battre Netanyahou et en France sur une grande sécu pour optimiser les soins. Lire l’article
JACQUERIE 2.0 Mouvement lycéen : une colère sans tête
Le mouvement lycéen, initié la semaine dernière dans l’académie de Versailles avant de s’étendre, soulève trois questions inédites pour ceux qui connaissent l’histoire des revendications portées par la jeunesse. Lire l’article
LibreJournal.fr a 3 ans et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !
Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).
