Kessel

Apologie du terrorisme : la provocation LFI

APOLOGIE DU TERRORISME : LA PROVOCATION LFI<br><br>Tout est bon pour occuper la scène : ainsi demander l’abrogation d’une loi qui réprime l’éloge du terrorisme à un mois de l’anniversaire des attentats contre Charlie.

LibreJournal.fr
5 min ⋅ 25/11/2024

Soutenez LeJournal.info


Lire l’éditorial en ligne

Une rare stupidité, ou bien une rare perversité…. Hugo Bernalicis, député LFI, propose à l’Assemblée d’abroger « le délit d’apologie du terrorisme ». Aussitôt, chacun comprend – réflexe élémentaire – que ce député souhaite laisser libre cours à ladite apologie. Comme dans un ballet bien réglé, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau réagit aussitôt sur X : « C’est difficile de faire plus ignoble », suivi par Éric Ciotti : « Une proposition de loi de la honte. Une infamie de plus des Insoumis ».

L’annonce a un double mérite aux yeux des Insoumis : occuper encore une fois le devant de la scène et susciter la réaction virulente de la droite de la droite. Avec un but très simple : installer dans l’opinion l’idée que le principal antagonisme français oppose extrême-gauche et extrême-droite et que chacun, dans ce paysage manichéen, est prié de choisir son camp. Au passage, on récolte l’approbation des courants islamistes et de leurs relais dans les quartiers, qui voient dans cette abrogation la possibilité d’ouvrir les vannes de leur propagande et on lâche un coup de pied sous la table à celui qui fut à l’origine de la loi, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bernard Cazeneuve. D’une pierre trois coups…

En fait l’affaire est un peu plus compliquée. La loi dénoncée par LFI a été votée en 2014, au moment de la montée en puissance des attaques terroristes dans le monde, incarnée notamment par la prise pouvoir de Daesh en Irak et en Syrie. Le gouvernement de l’époque s’inquiétait – à juste titre – de la prolifération des messages et des prêches de soutien au djihadisme violent et souhaitait disposer d’un instrument législatif plus efficace que la simple loi sur la presse de 1881, très protectrice de la liberté d’expression et appliquée par des juridictions spécialisées.

Démarche fort légitime : la suite allait montrer que la propagande djihadiste, sur Internet notamment, servait directement le recrutement de « combattants » et de « martyrs » par les groupes terroristes. La loi de 2014 visait explicitement des actions de propagande terroriste, comme il était mentionné dans l’exposé des motifs : « La France ne peut tolérer que sur son propre sol, on puisse diffuser en toute impunité des messages appelant au terrorisme ou le glorifiant. » Aujourd’hui, bien évidemment, demander son abrogation pure et simple à un mois de l’anniversaire des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hypercacher de la porte de Vincennes relève de la provocation la plus grossière, tactique habituelle de LFI.

Reste néanmoins un problème : la loi a récemment été utilisée pour réprimer certains propos tenus à propos de la guerre de Gaza. Un syndicaliste CGT a été condamné à un an de prison avec sursis pour avoir présenté l’attaque du Hamas comme une réponse à la colonisation israélienne en Cisjordanie et Mathilde Panot est l’objet d’une procédure pour des propos similaires. Ces déclarations sont fausses, et sans doute scandaleuses : l’attaque du Hamas est surtout motivée par la volonté de détruire l’État d’Israël et par une haine viscérale du peuple juif, fondée sur des dogmes religieux. Mais la colonisation en Cisjordanie peut aussi lui servir de prétexte. Quoique fausses, ces déclarations sont-elles vraiment justiciables d’une peine de prison, alors que la loi vise pour l’essentiel les appels directs au terrorisme ou bien des justifications sans ambages de la violence ? Comme l’a dit Olivier Faure, pour une fois clair, la question vaut un amendement qui préciserait la loi, et en aucun cas son abrogation. Mais ce serait là faire preuve de mesure et de nuance. Impensable pour un député LFI…

Laurent JOFFRIN • @JoffrinLaurent
Tous les éditos


Voir LeJournal.info en ligne


ENTRETIEN Patrick Mennucci : Une seule solution, Cazeneuve !

Si le gouvernement Barnier tombait, ce serait au tour de Bernard Cazeneuve d’accéder à Matignon, estime le mandataire national du texte « Debout les socialistes » conduit par Hélène Geoffroy, qui réclame le départ d’Oliver Faure de la tête du PS. Pour stabiliser le pays, le nouveau Premier ministre devrait alors s’entendre avec le bloc central sur un programme d’une dizaine de points, dont le cœur serait une conférence salariale tripartite. Lire l’article


CAMOUFLET Le pape François : la Corse avant la France

Le souverain pontife a décidé de venir à Ajaccio en décembre, après avoir refusé de se rendre à Notre-Dame de Paris. Un soutien à l’identité corse ? Ou bien une volonté de garder ses distances avec la France ? Lire l’article


HONTE LFI et antisémitisme

Cauchemar. L’enquête Ipsos pour le CRIF, publié jeudi, est un effroyable choc. Elle confirme la libération de la haine antisémite, pointant la responsabilité de LFI et de son chef, reléguant l’extrême-droite loin derrière. Lire l’article


JUSTICE INTERNATIONALE Netanyahou poursuivi : que peut la CPI ?

Avec trois nouveaux mandats d’arrêt, la Cour Pénale Internationale enclenche un retour vers le droit international. Lire l’artice


AVANT LA JOURNÉE INTERNATIONALE Violences : entendez Gisèle Pélicot !

Sur les questions de société, les événements bouleversants font souvent avancer les gouvernements. L’appel de Gisèle Pélicot sera-t-il entendu ? Lire l’article


FEU Les Verts : vive la chasse… aux socialistes !

Depuis plusieurs semaines, les Insoumis redoublent leurs attaques contre les municipalités socialistes. Plus curieusement, la direction écologiste seconde cette offensive avec énergie. Lire l’article


CINÉMA Kafka : drôle, athlétique et amoureux…

Sorti en salle ce mercredi 20 novembre, « Kafka, le dernier été », réalisé par Georg Maas et Judith Kaufmann revient sur le dernier amour de l’écrivain. Lire l’article


LIBRE PENSEUR Un homme debout face à la « bêtise souveraine »

Boualem Sansal est emprisonné en Algérie. On ne raconte pas l’immense écrivain franco-algérien, on le lit. Lire l’article


Soutenez votre Journal, abonnez-vous


LeJournal.info a 1 an et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !

Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).



LibreJournal.fr

Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.