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On l’a écrit dans cette lettre : les sages du Conseil constitutionnel on sans doute fait preuve de sagesse en refusant le retour de l’acétamipride dans les champs de betterave ou de noisetiers. Les alertes lancées par beaucoup de scientifiques contre les risques que ce néonicotinoïde fait courir à terme à l’environnement et, probablement, à la santé publique, sont suffisantes pour que la Charte de l’environnement, qui fait partie du « bloc constitutionnel », trouve là son application.
Mais que dire du discours employé ? Comment peut-on être plus maladroit et, pour tout dire, plus méprisant ? Les opposants à la loi Duplomb se sont appuyés auprès de l’opinion sur une pétition qui a reçu la signature de plus de deux millions de personnes. Il est probable que cette mobilisation – qualifiée « d’historique » par certains commentateurs – a joué un rôle dans la décision finale. Mais sa rédaction souffre de graves défauts, qui ont eu pour résultat d’humilier purement et simplement des milliers d’agriculteurs. Citons-en un extrait : « Cette loi est un acte dangereux. Pour les travailleurs, les habitants, les écosystèmes, les services écosystémiques, et pour l’humanité tout entière. Elle fragilise les réseaux trophiques et compromet la stabilité de notre environnement — dont nous dépendons intégralement. Nous sommes ce que nous mangeons, et vous voulez nous faire manger quoi ? Du poison. »
On ne saurait être plus clair : en promouvant cette pétition, ses rédacteurs et, par extension ses signataires, ont traité les agriculteurs des filières concernées d’empoisonneurs. Pourquoi cette insulte gratuite, alors même que 26 pays de l’Union européenne sur 27 autorisent l’acétamipride ? Sont-ils aussi dirigés par des empoisonneurs ? Et les pouvoirs publics qui autorisent l’importation du sucre ou des noisettes traitées avec le même insecticide ? Des criminels ?
Peut-être aurait-on pu user d’un peu de nuance, parler par exemple de risque sanitaire à long terme, plus que d’assassinat par poison, ou bien remarquer – argument plus fort – qu’une partie des paysans, ceux de la Confédération paysanne par exemple, cherchent un modèle agricole alternatif. En un mot : employer des arguments rationnels plutôt que de manier l’outrance et l’arrogance des zélotes de l’écologie radicale.
Les paysans qui ont fondu en larmes devant les caméras à l’annonce de la décision sont-ils des meurtriers ? Désavoués par l’opinion, stigmatisés par des militants écologistes brandissant des arguments émotionnels à l’emporte-pièce, ils ont le sentiment d’être méprisés et ignorés par des gens qui, souvent, n’ont aucune idée de leur métier et achètent leur production sans jamais prendre en compte leurs difficultés, leur lutte pour la survie économique, leur labeur pénible ou leurs semaines de travail interminables.
Un signe ne trompe pas : la même pétition reste pieusement muette sur le sort de la paysannerie. Quelles sont les méthodes de production qui permettent de se passer de l’acétamipride ? Que faire des importations de sucre ou de noisettes qui ne respectent pas l’interdiction française ? Fermer les frontières commerciales ? Mettre fin au marché unique agricole ? Et une fois l’interdiction établie, doit-on compenser d’une manière ou d’une autre les pertes de revenu liées aux attaques d’insectes ? Sur toutes ces questions délicates, toute à sa certitude morale, la pétition reste soigneusement muette. Logique : si les paysans sont des empoisonneurs, pourquoi s’en soucier ? Le tout surplombé par la déclaration de l’écologiste la plus connue de France, Sandrine Rousseau, qui a expliqué avec élégance qu’elle n’avait « rien à péter » de la rentabilité agricole, excellente manière de convaincre les paysans du bien-fondé de ses thèses.
On se demande après pourquoi le parti écologiste remporte si peu de suffrages alors même que les effets funestes du dérèglement climatique sont chaque jour plus évidents et spectaculaires. Et pourquoi le terme d’écologie « punitive », si néfaste à la prise de conscience des enjeux d’environnement, est néanmoins populaire. On voudrait enfermer l’écologie dans un discours condescendant, urbain et élitiste, qu’on ne s’y prendrait pas autrement.
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