Lire l’éditorial en ligne
Au moment où la dette française risque de devenir incontrôlable, les partis populistes font assaut de démagogie et les autres restent dans le flou.
C’est le point aveugle de la campagne présidentielle et le symptôme d’une irresponsabilité notoire de la part de plusieurs partis concourant pour l’Élysée. S’appuyant sur les chiffres officiels, Le Monde annonce que le coût des intérêts de la dette française augmente à grande vitesse et atteindra sans doute près de 80 milliards en 2026. Certes, le Trésor n’éprouve pour l’instant aucune difficulté à se refinancer sur les marchés, mais le coût de ses emprunts se monte maintenant à quelque 4 % sur les nouveaux titres. La dette publique du pays s’établit à 3 536 milliards, soit 117 % du PIB, et les intérêts de cette dette ont atteint les 64 milliards en 2025. Si rien n’est fait, ils pourraient s’envoler pour atteindre près de 124 milliards d’euros en 2030 et grimper jusqu’à 147 milliards d’euros en 2032.
On peut toujours chipoter sur ces évaluations, juger qu’il s’agit des scénarios les plus noirs, qu’ils supposent l’inertie des pouvoirs publics, etc. Mais le sens général de ces chiffres n’est pas douteux : le service de la dette est en passe de devenir le premier poste budgétaire du pays, devant l’armée ou l’Éducation nationale ; et surtout, son évolution risque de devenir incontrôlable. Avec une conclusion sans appel : tout programme qui ne tient pas compte de ces réalités dérangeantes n’est qu’un simple exercice de démagogie.
LFI et le RN face à la dette
Quels programmes ? Leur passage en revue suscite avant tout une amère hilarité. La palme de la désinvolture revient bien sûr à La France insoumise. Pour les mélenchonistes, il s’agit d’un faux problème : il suffit, pour s’en débarrasser, de déclarer tout de go que la France effacera sa dette. Bon sang, mais c’est bien sûr ! Comment n’y a-t-on pas songé plus tôt ? Telle l’enchanteresse Circé, qui transforma les compagnons d’Ulysse en pourceaux, Jean-Luc Mélenchon, armé de ses pouvoirs surnaturels, changera les titres détenus par les créanciers en chiffons de papier qu’il se fera un plaisir de jeter à la poubelle.
L’ennui avec cette radicale potion magique, c’est que les créanciers en question risquent de mal le prendre. Ils sont en général les représentants des épargnants qui ont fait confiance à la France pour les rembourser et dont quelque 60 % résident à l’étranger (retraités américains, investisseurs internationaux, épargnants européens, etc.). Il faudra donc leur annoncer qu’ils peuvent s’asseoir sur leurs créances, qui ne vaudront plus rien, tout en leur demandant l’année suivante de prêter à nouveau à l’État français en pleine banqueroute. Bon courage !
Bien sûr, la France pourra s’adresser à la Banque centrale européenne, qui reprendrait les titres non honorés et les effacerait ensuite de son bilan. Minime point de détail : ses statuts lui interdisent formellement de procéder à ce genre d’opération (sauf pour les pays en situation de défaut, comme la Grèce en son temps, ce qui suppose que la France se place elle aussi en faillite pour en bénéficier : excellent pour l’image du pays…). Et si la BCE acceptait de violer ses propres règles, chose invraisemblable, elle devrait recueillir l’assentiment de ses autres actionnaires. Mais pourquoi les pays qui ont rétabli leurs finances à force de sacrifices accepteraient-ils d’en exonérer la France, deuxième économie de la zone euro ? Se heurtant à un refus, le gouvernement pourrait alors décider de sortir de l’Union européenne. Curieusement, cette hypothèse n’est même pas évoquée dans le programme LFI. On passe en fait, chez les mélenchonistes, des comptes publics aux contes de fées…
La même légèreté se retrouve dans le projet du Rassemblement national (1). Certes, il n’est pas question d’effacer la dette, mais c’est surtout parce que le mot « dette » ne figure même pas dans le programme. Pour le reste, le RN prévoit une spectaculaire augmentation des dépenses de l’État dans tous les domaines, une baisse importante des impôts et reste pratiquement muet sur les moyens de financer ces largesses : quelques économies sur l’immigration, une diminution de la contribution de la France à l’Europe (mais un maintien des subventions européennes à la France…). Là aussi, l’application telle quelle des mesures lepénistes conduit en quelques années à la banqueroute…
Les partis de gouvernement restent évasifs
Qu’en est-il des partis de gouvernement ? Le PS a résolu la question : le programme qu’il vient de publier, dépensier à souhait, ne comporte aucun chiffrage global et les moyens de rétablir les comptes publics sont renvoyés… à un débat ultérieur. Est-ce digne d’un parti de gouvernement ? Reste donc la petite escouade des partis responsables : la droite classique, le « bloc central » et les candidats du centre gauche, déclarés ou non. Cette fois, la question de la dette est abordée. Tous promettent peu ou prou de ramener le déficit des finances publiques de 5 à 3 % du PIB sur un quinquennat, ce qui permettra de stabiliser le poids de la dette.
La droite classique veut réduire les dépenses publiques, quel qu’en soit le coût social. La gauche réformiste veut limiter les mêmes dépenses et mettre plus à contribution les détenteurs de hauts revenus et de hauts patrimoines. Tel devrait être en fait le vrai débat de la campagne dans ce domaine : comment contenir la machine folle de la dette, avec quelles priorités, et en taxant quelles catégories ? Il faut craindre que la discussion présidentielle porte sur bien d’autres sujets, pour laisser dans l’ombre cet épineux défi. On s’aperçoit ainsi que les partis qui nient le problème de la dette représentent près de la moitié du corps électoral et que les autres restent dangereusement évasifs sur la question. On s’étonne ensuite que les agences de notation aient dégradé la note de la France et que les marchés aient porté à 4 % l’intérêt demandé aux emprunteurs français…
(1) Voir le programme en ligne du RN
Voir LibreJournal en ligne

DON DÉFISCALISÉ Je fais un don
Pour un socialisme démocratique renouvelé et indépendant,
Je soutiens LibreJournal.fr
REDIFF – BILLET Affaire Lyhanna : la vraie faute

Pour comprendre les erreurs commises tout au long de cette tragédie qui serre le cœur, il faut aller au-delà des philippiques dont les leaders espèrent tirer un bénéfice politique. Lire l’article
AUX FRONTIÈRES DU RÉEL Gauche : la cage aux fous de la primaire
Plutôt que d’avancer sur des propositions utiles aux Français, surtout au cœur de cet été meurtrier, la gauche sociale-démocrate se claquemure dans un débat inaudible sur la tarification d’une improbable primaire à cinq ou quinze euros. Inquiétant… Lire l’article
BILLET Tondelier : Marine la menace
La cheffe du parti vert exige l’interdiction du réseau X d’Elon Musk, vecteur de la propagande nationaliste. C’est le meilleur service qu’elle puisse rendre à l’extrême droite française. Lire l’article
POINT DE BASCULE États-Unis : le Michigan, laboratoire de la gauche radicale
La victoire d’Abdul El-Sayed à la primaire démocrate dans le Michigan marque un tournant majeur, non seulement pour le Parti démocrate, mais aussi pour la politique américaine dans son ensemble. Lire l’article
MUSIQUES Margaux Simone, chanter l’air du temps
Elle use des codes passés de la pop pour faire écho au présent : Margaux Simone relève le gant des chanteuses en prise avec l’actualité. Lire l’article
LibreJournal.fr a 3 ans et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !
Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).
