Kessel

Les mots de la guerre civile

La violence qui s’est emparée du débat public préfigure une démocratie malade

LibreJournal.fr
1 min ⋅ 05/05/2023

« À bas la mauvaise République », crie Jean-Luc Mélenchon devant ses partisans et, pour se faire mieux comprendre, parlant d’Emmanuel Macron : « Le 14 juillet, nous lui apprendrons la signification du mot insurrection ». À quand la prise de l’Élysée ?

Le président avait répondu par avance : « Nous n’acceptons ni les factions ni les factieux ». Ainsi va le débat public dans cette démocratie censément pacifique qui s’habitue, tel le roi Mithridate, à boire à petites gorgées le poison de l’outrance verbale et de la guerre civile froide.

On peut s’alarmer, s’inquiéter, se rappeler la réplique dite par Michel Simon dans Drôle de Drame : « À force de parler de choses horribles, elles finissent par arriver ». Vaines indignations : tout cela n’a rien de spontané ni d’improvisé. Nul dérapage dans ces discours à la fois violents et factices.

Mélenchon a théorisé la « conflictualité » qui lui permet d’occuper la scène médiatique et de réduire au silence, ou au murmure, le reste de la gauche, qui végète dès lors dans une inaudible modération.

Entretenant ce duel de théâtre, Macron se frotte les mains en voyant confirmé chaque jour son théorème : tant que l’opposition reste dans l’emphase et la démesure, tout ira bien. Il garde son socle politique en dépit de son impopularité ; au dernier moment, les électeurs rationnels, rebutés par ces diatribes, se rangeront derrière le drapeau du centre droit pour fournir une majorité à lui ou à ses successeurs.

Le Rassemblement national l’a bien compris, qui se fait tout miel au milieu de la cacophonie et engrange les électeurs. Le cirque Macron-Mélenchon est en représentation. Dans ce vacarme, il n’y a plus d’opposition crédible susceptible de fournir une alternative. Brutalisée, la démocratie française n’offre plus au peuple qu’un choix forcé : le centre de plus en plus affaibli, ou l’extrême-droite faussement assagie. Danger…


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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.