Kessel

La gauche et la drogue

LA GAUCHE ET LA DROGUE<br><br>Le discours lénifiant souvent tenu à gauche sur l’usage et la vente de stupéfiants n’est plus de saison : la France est désormais confrontée à un risque majeur de « mexicanisation » du trafic sur son territoire.

LibreJournal.fr
4 min ⋅ 01/11/2024

Lire l’éditorial en ligne

Le diagnostic est quasi consensuel : le trafic de drogue ne cesse de s’étendre en France, donnant lieu à une débauche de violences, de tortures et d’assassinat qui touche à la fois les villes et les campagnes. Un rapport sénatorial au printemps dernier avait sonné le tocsin ; il a été confirmé par le rapport de Jean-François Ricard, ancien procureur national antiterroriste, publié cet automne et réalisé avec le concours de tous les acteurs et responsables, de droite ou de gauche.

Devant l’urgence, les palinodies qu’on entend souvent à gauche sur ce sujet sont totalement décalées, à commencer par la réaction lénifiante suscitée par la récente arrestation d’un député LFI en flagrant délit d’achat d’une substance dangereuse et illicite. « C’est une affaire de santé publique », dit-on, par exemple, chez les écologistes, tandis que les autres partis de gauche se distinguent par un courageux mutisme.

Cet aspect des choses, au demeurant, n’avait échappé à personne : il faut soigner les consommateurs en proie à de nuisibles addictions. Mais la sanction reste pour le moins nécessaire. Le trafic est en effet organisé par des réseaux de plus en plus riches et impitoyables, sur lesquels le discours de la prévention n’a évidemment aucun effet. Ces réseaux sont dotés, en sus d’une organisation implacable et cruelle, d’une capacité de recrutement par le marketing subreptice des produits qui conduit à un accroissement incessant de la consommation. Leur puissance financière est telle qu’on craint désormais la corruption des agents publics, assortie de menaces ad hominem, à la manière de ce qui se pratique en Amérique latine.

Les bonnes âmes continuent à prêcher pour une libéralisation du cannabis, laquelle donne des résultats très inégaux dans les pays qui l’ont expérimentée. Admissible en soi, elle n’empêche en rien le report des réseaux clandestins sur des substances plus dangereuses. Les trafiquants qui se détournent du cannabis à cause de sa légalisation se rattrapent avec énergie sur la cocaïne, l’héroïne ou les composés chimiques à base de médicaments. Quant à légaliser aussi ces « drogues dures », ceux qui s’y sont essayés en reviennent. La Colombie britannique au Canada et l’Oregon aux États-Unis viennent de resserrer la répression de la détention et de la vente de ces produits après les avoir tolérées en pariant sur des actions de santé publique. Pour une raison simple : la libéralisation a provoqué une explosion de la consommation et des surdoses.

Comme toujours, ce sont les membres des classes défavorisées ou marginalisées qui paient le prix fort de l’inaction. Les uns sont entraînés vers l’addiction, les autres subissent de plein fouet l’explosion des règlements de compte et la prise de pouvoir des dealers sur certains quartiers ou certaines zones. La gauche a donc toutes les raisons de saisir de ce problème à bras-le-corps et de ne pas laisser la droite et l’extrême-droite le faire dans une optique exclusivement répressive.

Augmentation des moyens, accroissement des efforts de renseignement numérique et humain, mise en place d’un parquet national dédié, capable d’orienter et de coordonner l’action de la police et de la justice dans ce domaine. Sur ce dernier point, la gauche aurait tout avantage à demander que le projet de loi préparé en ce sens par Éric Dupond-Moretti soit très prochainement mis à l’ordre du jour des débats parlementaires. Il est plus urgent que la création d’un avantage fiscal en faveur des propriétaires d’animaux de compagnie…

Faute de cette prise de conscience, la gauche concourra à l’inertie face au développement des mafias de la drogue, qui a pris la dimension d’un fléau national, ou bien laissera à ses adversaires le soin d’alerter et d’agir. Et d’en tirer les avantages politiques subséquents.

Laurent JOFFRIN • @JoffrinLaurent
Tous les éditos


Voir LeJournal.info en ligne


PATATRAS ! Quand Biden flingue Harris

C’était fatal : le cacochyme et néanmoins remarquable Biden a dérapé en traitant les électeurs de Trump « d’ordures », lestant de façon peut-être décisive la campagne de Kamala Harris. Lire l’article


YES SHE CAN, LA CHRONIQUE DU 5 NOVEMBRE Kamala Harris fait-elle peur aux hommes ?

Jamais l’écart entre les votes des femmes et celui des hommes n’a été aussi élevé, les seconds préférant Donald Trump. Une clef de la présidentielle américaine. Lire l’article


DONALD TRUMP Madison Square Garden : la nausée

Saillies racistes sous le coup de la loi en Europe, attaques ad hominem infamantes, hystérie collective devant des « humoristes » à la sauce Dieudonné. Malgré le décalage horaire, difficile de s’endormir. Lire l’article


ARTE Aymeric Caron contre BHL

Depuis de longues années, ils s’écharpent sur la Palestine. Cette fois, le député LFI accuse l’écrivain-cinéaste de renom d’être resté trop longtemps président du conseil de surveillance d’Arte et d’avoir utilisé la chaîne pour co-financer certains de ses films. Lire l’article


BILLET Esmeraldati

La ministre de la Culture veut instaurer un droit d’entrée à Notre-Dame pour sauver les églises françaises. A-t-elle vraiment tort ? Lire l’article


Soutenez votre Journal, abonnez-vous


LeJournal.info a 1 an et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !

Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).



LibreJournal.fr

Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.