Toujours cette gêne diffuse dans une partie de la gauche, autour de l’acte barbare commis contre Dominique Bernard. La compassion et la solidarité sont entières, bien sûr, tout comme la condamnation du terrorisme. Seulement voilà : le crime a été commis par un jeune homme issu d’une famille de sans-papiers, ceux-là même que cette gauche défend depuis des lustres, ceux-là même, en l’occurrence, dont plusieurs ONG de Rennes ont empêché l’expulsion il y a neuf ans. Un embarras qu’on détecte quand beaucoup se contentent de parler d’une « attaque au couteau », quand il s’agit bien d’un assassinat islamiste perpétré par un fanatique pour commémorer la barbare décapitation de Samuel Paty il y a trois ans.
Au fond de cette conscience tourmentée, on ne trouve pas seulement le souci de l’état de droit, la peur de « l’amalgame » avec la masse des musulmans ou la crainte – justifiée – de voir l’extrême-droite en tirer parti. Mais aussi le sentiment diffus que les islamistes sont l’expression – certes dévoyée, condamnable, haïssable même, dans ses moyens – de la protestation des nouveaux damnés de la terre, de la colère des réprouvés de la planète, en quelque sorte une expression grimaçante et violente de la lutte des classes. Si bien que souvent, plutôt que de réfléchir concrètement aux moyens de combattre cette doctrine tyrannique, on détourne le regard, ou bien on se réfugie dans des déclarations générales sur les inégalités sociales, dont la disparition, ou la diminution, permettrait de faire reculer l’intégrisme religieux et le terrorisme. Comme si on continuait de penser que c’est le capitalisme somme toute, qui engendre l’islamisme.
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