Kessel

L’édito – Narcotrafic : l’erreur de la gauche

NARCOTRAFIC : L’ERREUR DE LA GAUCHE<br><br>L’opposition de gauche s’évertue à vider la loi sur le narcotrafic de sa substance. Elle ne semble pas avoir bien compris l’ampleur de la menace que les mafias font peser sur la démocratie française.

LibreJournal.fr
3 min ⋅ 25/03/2025

Lire l’éditorial en ligne

Débat désespérément traditionnel à l’Assemblée, sur la loi destinée à enrayer la progression du narcotrafic en France. La droite et le centre soutiennent la proposition, la gauche le rejette. Parlons clair : cette discussion vintage n’est pas à la hauteur de la situation.

À l’origine de la réforme, on trouve un rapport très complet et très inquiétant produit par deux sénateurs, l’un de droite et l’autre de gauche. On y constate que le trafic touche désormais tout le territoire, y compris des villes ou des villages jusque-là exempts de toute délinquance organisée, que les règlements de compte, les assassinats, les actes de torture et de barbarie perpétrés par les trafiquants se multiplient, ainsi que les morts de personnes étrangères au trafic succombant à des balles perdues. On y apprend aussi que dans certains quartiers, les mafieux tiennent les habitants sous leur férule, instaurant par la violence un pouvoir de fait hors des lois républicaines. On y démontre surtout que la puissance financière accumulée par des chefs mafieux vivant souvent à l’étranger leur permet faire assassiner par des tueurs stipendiés à peu près qui bon leur semble et de commencer à corrompre, grâce à un mélange de menaces et de pots-de-vin les fonctionnaires publics des douanes, de la police et de la magistrature.

On connaît ce processus : il arrive un moment où les fortunes constituées par les gangs les constituent en petits états dans l’État qui organisent leur impunité et défient avec succès la puissance publique, à l’image de ce qui s’est passé en Italie ou en Amérique latine. D’où la loi élaborée par les parlementaires, qui vise à affronter cette situation exceptionnellement grave. Création d’un parquet national, renforcement des moyens d’enquête, isolement des mafieux emprisonnés, amélioration des moyens de surveillance, dispositions sur les « repentis » : tels sont les principales dispositions prévues par le texte.

Aussitôt une opposition se lève à l’Assemblée pour contester ces dispositions, qu’on rejette pour leur caractère « liberticide ». Pourquoi pas ? La vigilance sur les libertés publiques est légitime. Il est possible que certaines mesures soient effectivement aux limites des principes généraux du droit. Mais la gauche a grand tort de s’en tenir là : globalement, la démarche des parlementaires est parfaitement justifiée par l’urgence de la situation. Elle s’inspire, entre autres, du dispositif antimafia mis en place avec succès en Italie depuis plusieurs années.

Souvent, les critiques formulées négligent de préciser le but recherché. On rejette ainsi les mesures d’isolement prévues à l’encontre des chefs mafieux. Mais elles ont pour but d’empêcher des parrains impitoyables de continuer à diriger leurs organisations du sein même de leur prison. On peut les amender sur un ou deux points litigieux. Mais elles sont globalement utiles et légitimes. On critique la possibilité pour la puissance publique d’accéder aux communications secrètes des messageries cryptées, au nom de la défense de la vie privée. Mais il s’agit, en l’occurrence, de surprendre les conversations qui aboutissent à des assassinats, ou bien à des opérations de corruption de grande envergure dans les ports ou dans les villes, chose précieuse aux enquêteurs.

On dénonce l’idée de dissimuler aux mafieux et à leurs avocats certains aspects des enquêtes menées contre eux, ce qui peut se comprendre. Mais on oublie de dire que cette disposition a pour but, non de handicaper la défense, qui garde toutes ses prérogatives, mais de ne pas renseigner les criminels sur les moyens qui ont permis leur arrestation, ce qui les conduirait évidemment à prendre de nouvelles précautions pour déjouer à l’avenir le travail de la police.

Tel est en effet le véritable débat : la gauche doit comprendre qu’il faut rapidement renforcer les moyens des juges et des policiers, sans quoi la gangrène de la corruption et du chantage sur les fonctionnaires publics risque de devenir inarrêtable. L’opposition peut amender le projet sur certains points, mais certainement pas ruiner l’architecture générale du texte, dont l’urgence saute aux yeux de quiconque se penche sur le dossier.


Voir LeJournal.info en ligne


Soutenez LeJournal.info



GÉOPOLITIQUE Israël : Donald Netanyahou

Depuis la reprise des bombardements sur Gaza, le 10 mars, le climat a changé en Israël. A Haïfa, Jérusalem, Tel Aviv, dans les villes moyennes, des dizaines de milliers d’israéliens manifestent leur colère. Lire l’article


ENTRETIEN Aurélien Rousseau : se réconcilier avec le quinquennat Hollande

Ex-directeur de cabinet adjoint de Manuel Valls, directeur de cabinet d’Elisabeth Borne, puis ministre de la Santé, le numéro trois de Place Publique veut construire un projet social-démocrate qui s’émancipe de LFI et reconnaît les avancées du quinquennat Hollande.

Il s’indigne du populisme de gouvernement, qui profite au Rassemblement national et assure que la popularité de Retailleau sert en fait le RN. Lire l’article


TURQUIE Erdogan : le satrape d’Ankara

En commanditant l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, principale menace pour la démocrature turque, Recep Tayyip Erdogan franchit un seuil dans l’illibéralisme islamiste et conservateur qui est le sien. Un acte de faiblesse. Lire l’article


CHRONIQUE EDF : le gouvernement disjoncte

L’absurde limogeage de Luc Rémont, PDG d’EDF, illustre les incohérences des pouvoirs publics envers les entreprises dont ils ont la charge. Bon plaisir du prince ou action oblique des lobbies industriels ? Les deux, peut-être… Lire l’article


AVANCÉE Viol : la première victoire de Gisèle Pélicot

Des députés de tous bords s’apprêtent à introduire le consentement dans la définition pénale du viol. La proposition de loi arrive dans l’hémicycle le 1er avril. Avec le feu vert du Conseil d’Etat mais sans l’unanimité des féministes. Lire l’article


TRIBUNE Le Monde jette un voile sur les enjeux du port du voile

Pour la sociologue, le journal du soir a présenté le débat sur le port du voile islamique dans le sport de manière biaisée. Lire l’article


Soutenez votre Journal, abonnez-vous


LeJournal.info a 1 an et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !

Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).



LibreJournal.fr

Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.