LA BRILLANTE RÉUSSITE DU « SUD GLOBAL »
On stigmatise à juste titre la politique étrangère foutraque et meurtrière de Donald Trump. La vérité oblige à dire que celle de ses ennemis du « sud global » ne vaut guère mieux…
Le président américain est en passe de gagner le prix Nobel de la paix introuvable, c’est-à-dire de la guerre sans fin. En Iran, dans le détroit d’Ormuz ou au Liban, les hostilités traînent en longueur, avec leur cortège de destructions et de pertes civiles ; la guerre d’Ukraine, que Trump devait arrêter en 24 heures, est dans sa cinquième année sans qu’une issue soit en vue.
Un « sud global » aux contours incertains
Mais que dire de ses adversaires du « sud global », dont une certaine opinion anti-américaine juge la cause légitime ? Étrange concept, au demeurant, issu de l’antique « tiers-mondisme » et qui réunit sous une bannière incertaine la Russie, qui touche au cercle polaire, la Chine en position centrale, l’Iran des mollahs et le Brésil de Lula, ou encore les pays africains tropicaux aux situations disparates.
Les tribulations américaines leur ont-elles bénéficié ? Il faut être bien dévot ou anti-occidental pour le croire. Le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 a renforcé, par sa barbarie, la fraction la plus dure de la direction israélienne. La bande de Gaza a été détruite à 70 %, ses habitants massacrés et, si l’organisation terroriste conserve le contrôle de ce qui reste de la population, elle y a perdu le plus clair de ses armements et une bonne partie de ses effectifs. La situation de la Cisjordanie s’est brutalement dégradée sous les coups redoublés des colons israéliens et l’émancipation des Palestiniens semble plus lointaine que jamais.
Des revers stratégiques multiples
L’Iran a étalé sa vulnérabilité aux attaques aériennes israéliennes ou américaines. Le régime obscurantiste a subi de longues semaines de bombardements, ruiné son économie et sacrifié à la résistance des milliers de civils, quand ceux-ci n’ont pas été décimés par leur propre gouvernement. Même s’il a survécu, sa position stratégique s’est dangereusement affaiblie avec la chute du régime syrien, la rétraction du Hamas et les pertes subies par le Hezbollah, dont les provocations anti-israéliennes ont aggravé l’instabilité chronique de l’État libanais, victime collatérale d’une guerre dont il ne veut pas.
Autre paladin du camp anti-occidental, Vladimir Poutine piétine depuis plus de quatre ans à l’est de l’Ukraine. Il démontre l’impuissance de son armée, prise sous une pluie de drones ukrainiens, détruit sa propre économie et jette sa population dans la misère, craignant maintenant pour sa sécurité personnelle tant son adversaire gagne en efficacité et en précision.
Quant aux régimes africains du Sahel, après avoir effacé toute trace de sujétion postcoloniale sous les applaudissements d’une partie de l’opinion progressiste, ils se retrouvent en péril sous la menace des jihadistes, mal défendus par des mercenaires russes qui les soutiennent comme la corde soutient le pendu. Seule la Chine tire son épingle du jeu en s’abstenant de s’en mêler, poursuivant avec ténacité et discrétion sa quête d’hégémonie mondiale. Ce n’est plus le « sud global », c’est le sud bancal.
Il serait temps d’en tirer la conclusion : cette dichotomie Nord-Sud n’a plus de sens, sinon pour remarquer que la plupart des pays du « sud global » sont en fait des dictatures épouvantables qui oppriment leurs peuples avant de menacer un Occident lui-même éclaté entre les régimes illibéraux et ceux qui tentent de sauver les principes de l’État de droit, de la diplomatie civilisée et ce qui reste du droit international. Les démocraties – européennes pour la plupart – ne sont plus d’un camp ou d’un autre. Elles doivent jouer leur propre carte en restant des havres de liberté face à un monde de prédateurs cyniques et brutaux, qui infestent le Nord comme le Sud.
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