Lire l’éditorial en ligne
En politique, on monte lentement et on descend vite. Pour Bruno Retailleau, l’ascension a été exceptionnellement rapide mais la dégringolade l’a été encore plus. En piquant une crise de nerfs au moment de la formation du gouvernement Lecornu I, provoquant des catastrophes en chaîne pour son camp, il a perdu l’essentiel du capital acquis spectaculairement en un an d’exercice des responsabilités.
Incroyable décomposition ! Voici un homme présenté comme le quasi-recours de la République face au danger RN désormais en pleine déconfiture : après avoir été l’avocat – et le pratiquant – de la participation au pouvoir, il s’en fait soudain le censeur le plus sévère. Voici un partisan de l’ordre, plutôt trois fois qu’une, qui met la zizanie dans son parti et se révèle incapable de s’en faire obéir par ses députés. Voici un leader qui se faisait fort d’aspirer les voix de l’extrême-droite et qui voit 41% de ses électeurs souhaiter l’alliance avec le RN, lui-même mettant fin au front républicain lors d’une partielle dans le Tarn-et-Garonne.
Quel bilan ! Au gouvernement, une demi-douzaine de ministres LR narguent son autorité ; à l’Assemblée nationale, les élus ont massivement donné sa chance à Lecornu II sous la houlette de son ennemi Laurent Wauquiez ; dans le pays, il a déçu, ses performances dans les sondages accusant gravement le coup. En perdant ses nerfs de manière incompréhensible, Bruno Retailleau a ajouté la crise à la crise et fait douter de ses qualités d’homme d’État.
Son parti est un champ de mines – consciencieusement alimenté par l’artificier Wauquiez – en voie de devenir un champ de ruines sur lequel guigne Jordan Bardella. La mythique union des droites est en route. Elle ressemblera plutôt à une absorption du petit par le gros, mais sur le terrain, elle ne fait plus peur à grand-monde. Ce qui reste de LR est divisé en trois : ceux qui veulent encore accompagner le centre, ceux qui préfèrent le splendide isolement, et ceux qui ont décidé que l’ennemi prioritaire c’était LFI, pas le RN. Ces derniers, qui craignent pour leur survie, trouvent logique de faire un accord avec les héritiers de Jean-Marie Le Pen. Ils sont de plus en plus nombreux. Triste constat pour le chef d’un parti gaulliste.
Certes, on l’a vu, la roue peut tourner très vite. En politique, seul l’inattendu arrive à coup sûr. Bruno Retailleau peut sortir de l’enfer. Mais il sera long et difficile pour le Vendéen de sortir du bourbier où il s’est mis tout seul. Un beau gâchis pour un parti qui rêvait de revenir à l’Élysée avec sa nouvelle star. Il aura suffi d’un tweet ravageur de son chef pour qu’à LR, le rêve tourne au cauchemar.
par Sylvie Pierre-Brossolette
Voir LeJournal.info en ligne

DON DÉFISCALISÉ Je fais un don
Pour un socialisme démocratique renouvelé et indépendant des Insoumis,
Je soutiens LeJournal.info
GOUVERNEMENT LECORNU Benjamin Morel : « Le PS, nouvel arbitre du pouvoir »
Sébastien Lecornu a annoncé la suspension de la réforme des retraites, sésame pour l’obtention d’un accord de non-censure de la part du groupe socialiste. Comment se positionneront les députés socialistes alors que se profile l’examen du projet de loi de finances ? Entretien avec le politiste et constitutionnaliste Benjamin Morel. Lire l’article
UNION DES DROITES La dernière trahison du gaullisme ?
Comme à d’autres occasions au XXe siècle, ce qu’il reste aujourd’hui de droite formellement républicaine fait le choix de passer sous la coupe de l’extrême-droite. Un franchissement de ligne qui rebat les cartes d’un paysage politique en crise, pour le pire. Lire l’article
GÉOPOLITIQUE Tony Blair, profession : médiateur
Figure déjà contestée, l’ancien premier ministre britannique pressenti pour piloter l’avenir de Gaza, a néanmoins un atout : son expérience contrastée des conflits insolubles, en Irlande comme au Proche-Orient. Lire l’article
BOTTES PRÉSIDENTIELLES Trump mobilise illégalement la garde nationale
L’envoi de la garde nationale à Portland et à Chicago contre l’avis de la justice et des autorités des villes concernées marque un nouveau tournant dans l’offensive de Trump contre l’équilibre des pouvoirs. Une décision inquiétante à tous égards. Lire l’article
SUSPENSION ET NON-CENSURE La gauche gagne, Lecornu aussi
Dans un discours de politique générale vif et incisif, le Premier ministre accorde au Parti socialiste ce qu’il lui réclame, à commencer par la suspension de la réforme des retraites jusqu’à la présidentielle de 2027. La gauche applaudit… Lire l’article
RECULER POUR MIEUX SAUTER ? Retraites : un sursis à 2,2 milliards
La suspension de la réforme de 2023 pourrait permettre au gouvernement de travailler à un budget pour 2026, et à la CFDT de plancher sur une nouvelle mouture. Un soulagement immédiat pour beaucoup de Français qui partiront à la retraite plus tôt. Lire l’article
LeJournal.info a 2 ans et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !
Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).
