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Il fallait, disent des contempteurs de la décision française, maintenir les conditions jusque-là posées à toute reconnaissance de l’État de Palestine. À bien écouter le bon discours prononcé à l’ONU par Emmanuel Macron, il semble bien que ces procureurs enflammés aient crié au loup pour rien. Après comme avant la reconnaissance, non seulement ces conditions n’ont pas disparu, mais elles ont été réaffirmées avec force : libération des otages, reconnaissance croisée par les États de la région, démantèlement militaire du Hamas du mise à l’écart du Hamas de toute responsabilité politique, démilitarisation de Gaza et de la Cisjordanie, etc.
Car il y a dans les philippiques d’Israël et de ses soutiens contre cette reconnaissance une volontaire confusion chronologique. Ils savent bien au fond qu’elle est avant tout symbolique, qu’elle consiste à plaider une nouvelle fois pour la « solution à deux états », à affirmer le droit des Palestiniens à un État – chose élémentaire - mais non à en définir les contours ou le fonctionnement. Cette deuxième étape, bien lointaine, si tant est qu’elle puisse voir le jour, a été clairement précisée par le président français, qui a présenté un plan longuement élaboré avec l’Arabie Saoudite : elle consiste à faire émerger à terme un état nouveau en assurant la sécurité d’Israël, non par des bonnes paroles, mais par des dispositions concrètes et contraignantes, garanties par les grandes puissances et par les principaux État arabes de la région. En faisant mine de l’ignorer, les adversaires de la reconnaissance - pour une partie d’entre eux en tout cas - ne font qu’exprimer leur refus de tout État palestinien, quelle que soit sa nature, et leur volonté de voir Israël annexer les territoires aujourd’hui reconnus aux Palestiniens par le droit international.
Le gouvernement Netanyahou, d’ailleurs, n’en fait pas mystère : ce projet expansionniste est sans cesse proclamé par ses ministres, et pas seulement par les deux fascistes Smotrich et Ben Gvir. Furieuse de la position française – qui est celle de plus de 150 pays dans le monde et que le Canada ou la Grande-Bretagne viennent de rejoindre – la droite israélienne parle maintenant de mesures de rétorsion contre la France et d’une vengeance exemplaire exercée contre les Palestiniens de Cisjordanie en précipitant les annexions dont elle rêve.
Ce serait une rupture historique désastreuse. Pour la région, bien sûr, mais aussi pour cette relation spéciale qui unit la France au peuple israélien. On rayerait ainsi, par vindicte politique, ces décennies pendant lesquelles la France s’est toujours tenue aux côtés d’Israël quand sa sécurité était en jeu. Qui, entre autres nations, a soutenu la résolution de 1948 ? Qui a partagé avec Israël son savoir-faire nucléaire ? Quelle est la nationalité des avions qui ont cloué au sol les avions égyptiens au début de la guerre des Six-Jours ? Qui a contribué, il y a encore quelques semaines, à arrêter les missiles iraniens lancés contre le territoire israélien ?
Déjà, les basses insultes proférées par Netanyahou contre le président de la République blessent tous les Français, consternés par cette hostilité et par cette médiocrité. Aller plus loin, ce serait renforcer en France le camp de ceux qui estiment qu’un pays comme le nôtre, là où est situé, indépendant et défendant ses seuls intérêts (comme le fait le gouvernement Netanyahou pour son compte), ne trouve strictement aucun avantage à une quelconque solidarité avec l’État d’Israël. Triste et terrible serait le jour où les liens historiques entre la France et Israël, maintenus au-delà de tous les différends transitoires, seraient rompus.
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