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Avec un certain panache, François Bayrou s’apprête donc à tirer sa révérence. Un panache blanc, comme il se doit, à l’instar de son modèle Henri IV, mais aussi un panache singulièrement déplumé. Certes, lui et ses fidèles semblent encore espérer un événements inattendu qui lui permettrait de se maintenir en poste. Mais il est maire de Pau et non de Lourdes et nul miracle ne viendra le sauver. Il compte peut-être sur le Saint-Esprit, il butera plus sûrement sur le mauvais esprit de l’opposition. Au fond, il est la victime d’une ambiguïté constitutive : c’est un homme de compromis qui n’aime pas les concessions.
Ayant refusé d’amadouer ses opposants les plus constructifs, il part bizarrement, en un geste quasi-suicidaire, lassé des chicanes et des arguties de ses adversaires comme de ses amis. Il est vrai qu’il était arrivé tout aussi étrangement, seul Premier ministre de la Vème à avoir imposé sa nomination au président. Dès lors il se trouvait, en centriste superlatif, non pas assis, mais suspendu entre deux chaises, ou, plus exactement, entre un fauteuil présidentiel dont l’occupant gardait une dent contre lui et les sièges des parlementaires qui lui déniaient toute majorité.
François Bayrou, on doit le reconnaître, est un homme cohérent et courageux. Il l’a montré plusieurs fois dans sa carrière, notamment quand il a choisi, contre Sarkozy dont il jugeait l’élection et la réélection néfastes, Royal en 2007, puis Hollande en 2012 et qu’il a sacrifié son groupe parlementaire à ce double choix hétérodoxe. Il a toujours mis en garde le pays contre les dangers de la dette. C’est pour lutter contre elle qu’il a bravé l’opinion et c’est à cause d’elle qu’il s’apprête à susciter contre lui un vote de défiance, préférant son idée de l’intérêt du pays à son maintien au pouvoir. Il passe le costume de Mendès, qui n’est jamais revenu aux affaires après 1954. Ou encore celui de Cassandre, ce qui est fort honorable, à une nuance près : Cassandre n’a jamais songé gouverner Troie.
Était-il condamné d’avance ? Pas sûr : aurait-il trouvé un compromis avec la CFDT sur les retraites et veillé à ne pas braquer trop les socialistes en leur offrant des concessions substantielles, qu’il avait une chance de passer l’automne Son budget en aurait été amendé, mais il eût évité au pays une nouvelle crise politique.
Il a préféré s’entêter à réduire les dépenses sans toucher sérieusement au patrimoine des plus fortunés, diffusant un sentiment d’injustice qui lui a été fatal. Ceux qui doutent de cette possibilité doivent jeter un simple coup d’œil à l’évolution du CAC 40 depuis trente ans : il a progressé de manière spectaculaire, mesurant pour une grande partie le patrimoine des plus riches. En regard de cette progression exponentielle, la ponction proposée par de nombreux économistes d’aurait à peine écorné.
Cette chute annoncée plonge de nouveau le pays dans l’inconnu. Un nouveau Premier ministre ? Il devra à son tour faire voter un budget, ce qui ne lui sera pas plus facile qu’à François Bayrou. Une dissolution ? Elle risque d’amener au pouvoir le RN, qui la réclame à cor et à cris, ou bien de déboucher sur une nouvelle chambre introuvable. La démission d’Emmanuel Macron, comme l’exige Mélenchon ? Là aussi, on risque d’aboutir à un duel Mélenchon-Le Pen au second tour, que le leader de la France insoumise ne peut pas remporter.
À peine rentrés de vacances, voilà les Français plongés dans un nouveau cauchemar de politique intérieure, à un moment où les difficultés internationales se multiplient. Ils risquent d’en tirer l’idée qu’il faut renverser la table. À un mauvais compromis, François Bayrou aura préféré une bonne crise de régime. Craignant la pluie, il jette la France à l’eau. C’est la politique de Gribouille.
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