Kessel

L’édito – Un compromis ? Quelle horreur !

UN COMPROMIS ? QUELLE HORREUR ! - Haro sur les baudets : pour avoir trouvé un accord, Faure et Lecornu sont cloués au pilori par une classe politique archaïque. Laquelle n’a d’autre proposition que de replonger la France dans la crise politique.

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 16/10/2025

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Permanence des vieux réflexes, persistance des anciens dogmes, rémanence d’un passé révolu : depuis que le PS et le Premier ministre ont conclu un compromis provisoire sur les retraites qui a conduit ce matin au rejet de la motion de censure LFI, la vieille classe politique est en transes. Réquisitoires, anathèmes, insultes et excommunications pleuvent en trombe serrée sur Lecornu et Faure, les deux protagonistes de cet arrangement transitoire, coupables d’avoir remisé une partie de leurs convictions pour éviter une nouvelle crise politique au pays.

Chacun de ces procureurs, à droite ou à gauche, se comportent toujours comme s’il réunissait sur son programme une majorité d’électeurs. Résultat : une cacophonie hors-sol et glapissante où chaque minoritaire s’étrangle comme s’il était majoritaire. Avec un tiers des voix dans les récents scrutins, le RN s’indigne de ne pouvoir imposer ses mesures discriminatoires aux deux tiers restants. Avec 10 à 20% des suffrages (au plus), LFI hurle à la trahison en constatant que 80 à 90 % des Français écartent ses propositions. Assise sur un mini-magot électoral de 10%, une partie de la droite exige que les 90% qui ne la suivent pas se rallient à sa politique.

Tous, donc votent la censure, avant tout par dépit, refusant de comprendre que pour mettre en œuvre leur programme, il leur faut d’abord convaincre une majorité d’électeurs. Jean-Luc Mélenchon, involontairement lucide, explique que la suspension de la réforme des retraites arrachée par les « traîtres du PS » aboutira en 2027 à son rétablissement, tablant donc sur le fait qu’il perdra encore une fois l’élection présidentielle. Intéressant aveu…

Jean-François Copé n’a pas de mots assez durs pour fustiger la « compromission » dont Sébastien Lecornu s’est rendu coupable et exige une présidentielle anticipée, alors même que le candidat LR putatif, quel qu’il soit, plafonne à 10-15%. Marine Le Pen, enfin, presse le pas vers une dissolution et des élections législatives (les troisièmes en deux ans) dont elle sera écartée en raison de ses ennuis judiciaires, tablant sur une victoire qui est tout sauf certaine ou bien escomptant une alliance avec les débris de LR, qui sera nécessairement bringuebalante. Bref, personne ne veut voir « l’éléphant au milieu de la pièce », c’est-à-dire un paysage politique où personne n’est majoritaire et où tout le monde, donc, devra immanquablement passer les compromis aujourd’hui récusés.

Le comble du ridicule est atteint quand on examine les arguments des uns et des autres : ils sont totalement contradictoires. La gauche radicale accuse le PS de « sauver Macron », la droite reproche à Lecornu « avoir abjuré le macronisme » sous la pression des socialistes. Faudrait savoir…

À moins, bien sûr, qu’un ou une présidente, gagnant le scrutin de 2027 et trouve, grâce à sa nouvelle légitimité, une majorité à l’Assemblée à la suite de la dissolution subséquente. Mais pour cela, il faut une élection présidentielle en bonne et due forme, issue d’un débat national organisé et approfondi entre des candidats bien préparés. Celle-ci ne peut avoir lieu qu’à l’échéance normale, c’est-dire dans dix-huit mois. Avant cela, les partis de gouvernement doivent s’accorder sur les mesures immédiates, qui seront par définition négociées entre des partis de gouvernement différents, mais réunis provisoirement par la nécessité. Horreur redoublée : le compromis pourrait même durer…


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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.