Accusé de viol, Tarik Ramadan, prédicateur controversé, est en procès à Genève. Procès passionnant et bien propre à exégèse, même si l’on ressent l’embarras des commentateurs : dans cette affaire, les dévots en tous genres, de droite, de gauche ou d’ailleurs, sont ironiquement pris à contrepied.
C’est d’abord le cas de Ramadan lui-même, bien avant que son innocence ou sa culpabilité soit, l’une ou l’autre, prononcée. Prêcheur star, intégriste au fond, mais moderniste dans la forme, il était habile à retourner les valeurs progressistes pour les mettre au service de l’islam politique cher à sa famille. Rappelons qu’il est le petit-fils fidèle de Hassan el-Banna, fondateur de la société activiste des Frères musulmans.
Il avait l’art de séduire les foules islamiques par ses tirades éloquentes en faveur de la pudeur des femmes, de la fidélité conjugale, et du mariage islamique, fait de soumission féminine et de rectitude maritale. Or voici qu’au détour de l’instruction, confronté à des preuves accablantes, il a été contraint de reconnaître ses mensonges : le défenseur de la tradition était un époux notoirement infidèle, séducteur compulsif, dont le charme et l’aura religieuse permettaient d’attirer à lui une théorie de jeunes femmes fascinées, changées en proies vulnérables.
Mieux : les mêmes documents d’instruction révélèrent une pratique sexuelle qui s’inspirait moins des préceptes du Coran… que des écarts du marquis de Sade.
Ainsi le prédicateur au physique de prince oriental était surtout le prince des tartuffes, orateur en mission puritaine qui avait largué depuis longtemps la simple position du missionnaire, jouant de son prestige d’austère directeur de conscience pour mener une existence de libertin. Rien d’illégal jusque-là, mais une contradiction éclatante qui ruine la sincérité d’un Casanova musulman travesti en dévot.
Embarras tout aussi palpable : celui d’une certaine droite rétive aux leçons du mouvement @metoo, mais instinctivement hostile aux musulmans. Tentée de condamner Ramadan avant que la justice ne passe, elle doit, pour ce faire, accorder tout crédit aux accusations des plaignantes, écouter « la parole des femmes qui se libère », rejoindre l’affirmation féministe selon laquelle il faut accorder a priori aux victimes du patriarcat le bénéfice de la bonne foi. Cruel dilemme entre la dénonciation de l’hypocrisie islamiste et le ralliement aux préceptes du néo-féminisme…
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