Kessel

L’édito – Le plan Trump : mieux que rien

LE PLAN TRUMP : MIEUX QUE RIEN - Les propositions du président américain sont incomplètes et souvent floues. Mais l’autre solution, c’est la poursuite de la guerre…

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 02/10/2025

Lire l’éditorial en ligne

On peut bien sûr trouver tous les défauts de la terre au plan de paix à Gaza proposé par Donald Trump. Parmi les vingt mesures énumérées par le président américain, les critiques constatent l’absence d’un calendrier contraignant de retrait pour l’armée israélienne et le refus d’un retour de l’Autorité palestinienne au profit d’une administration civile encore floue. Ils notent que le « Conseil de la paix » prévu dans le plan pour superviser l’administration de Gaza est présidée par Donald Trump lui-même, et comptera parmi ses membres l’ancien Premier ministre Tony Blair, ce qui lui donne un parfum colonial qui rappelle les temps reculés du mandat britannique sur la Palestine.

Enfin, le principe d’un futur état palestinien, tel que reconnu par la France et quelques 150 pays est évoqué sous une forme floue et incertaine. Le document exprime seulement l’espoir d’« une voie crédible vers l’autodétermination et la création d’un Etat palestinien, que nous reconnaissons comme étant l’aspiration du peuple palestinien ». Enfin le texte n’évoque pas le sort de la Cisjordanie occupée. À ces objections légitimes, il y a une réponse simple, imposée par la triste réalité : les choses étant ce qu’elles sont, une mauvaise paix vaut mieux qu’une bonne guerre.

Personne ne peut se gendarmer devant les clauses qui permettent l’arrêt des combats : cessez-le-feu dès l’acceptation du plan par le Hamas, qui préserve ce qui reste de la population de Gaza ; retour des otages en échange de la libération de prisonniers palestiniens ; amnistie des combattants Hamas et possibilité pour eux de quitter Gaza une fois les armes déposées ; garantie que « personne ne sera contraint de quitter Gaza », ce qui écarte l’épuration ethnique envisagée par la droite israélienne ; démilitarisation de l’enclave et mise sur pieds d’une force internationale de stabilisation qui prendrait la suite de l’armée israélienne.

En acceptant le plan, dit-on, le Hamas signerait une forme de reddition. Et alors ? S’en inquiéter, c’est travailler pour lui. C’est surtout oublier que l’organisation terroriste porte une responsabilité écrasante dans le conflit, que le pogrom barbare du 7 octobre, traumatisme historique pour les Israéliens, a aussi conduit à l’abîme le peuple de Gaza et qu’au bout du compte, le Hamas a perdu la guerre, ce qu’il serait avisé de reconnaître, à la fin des fins.

Et surtout, le plan Trump a un principal mérite : il est le seul à exister. Qui d’autre est aujourd’hui en mesure d’imposer un règlement au conflit ? L’autre branche de l’alternative, qui prévaudrait en cas de refus du Hamas, c’est la poursuite indéfinie de la guerre et la prolongation barbare du martyre des Gazaouis. Qui aurait, en dehors des fanatiques, le front de proposer cette voie de souffrance et de violence ? Peut-être s’apercevra-t-on, au bout du compte, que la voie de la lutte armée n’a fait jusqu’à présent qu’attirer des malheurs de plus en plus grands sur la population de Gaza et de la Cisjordanie. C’est pourquoi, comme le dit Hubert Védrine – ce qui est aussi la position du secrétaire général des Nations Unies Antonio Guterres ou encore celle du pape Leon XIV – « le plan Trump est un fil ténu qu’l faut tirer ».


Voir LeJournal.info en ligne


DON DÉFISCALISÉ Je fais un don


Pour un socialisme démocratique renouvelé et indépendant des Insoumis,
Je soutiens LeJournal.info


MARQUE DE FABRIQUE Trump : gouverner par la purge

Dans la spirale continuelle des atteintes à la démocratie outre-Atlantique, l’inculpation de l’ancien directeur du FBI Jim Comey marque une escalade qui rapproche de plus en plus les États-Unis d’une république bananière. Trump ne gouverne pas, il règle ses comptes. Lire l’article


CHRONIQUE L’opium du peuple

Les États-Unis ont toujours entretenu un rapport particulier avec la religion. La formule « In God We Trust » orne chaque dollar et les présidents prêtent serment sur la Bible. Cette tradition de tolérance se transforme aujourd’hui en une offensive politique où la religion, loin de demeurer une affaire privée, veut s’imposer dans les institutions. Lire l’article


GÉOPOLITIQUE Gaza : le plan Trump, sans les Palestiniens

Le président américain a rendu public un plan d’arrêt des hostilités à Gaza et un projet de gouvernance pour l’enclave, laissant circuler le nom de Tony Blair. Un projet immédiatement possible, mais flou à terme, qui prive une nouvelle fois les Palestiniens de toute souveraineté. Lire l’article


EXÉCUTION PROVISOIRE Lecornu : accord secret avec le RN ?

Le débat sur l’exécution provisoire pourrait permettre au Premier ministre de faire miroiter sa suppression à Marine Le Pen. En échange, le RN ne voterait pas de censure. Mais la manœuvre est délicate et dangereuse. Lire l’article


CONTRE-OFFENSIVE Comment la Moldavie a déjoué la guerre hybride russe

Les électeurs moldaves ont déjoué l’un des projets stratégiques les plus importants de la guerre impérialiste protéiforme de Moscou. Plus qu’un simple succès électoral, cette victoire est un message fort qui résonne bien au-delà des frontières de ce petit État. Lire l’article


INTELLIGENCE ARTIFICIELLE La bulle qui va exploser

La fortune boursière de l’IA ressemble à celle de l’Internet en 2000. Les retours sur investissements sont encore impossibles à évaluer, et les investissements à prévoir sont gigantesques. Or il n’est de bulle qui n’éclate un jour… Lire l’article


LeJournal.info a 2 ans et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !

Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).



LibreJournal.fr

Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.