Kessel

L’édito – Quand la gauche américaine rejette le wokisme

QUAND LA GAUCHE AMERICAINE REJETTE LE WOKISME

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 03/09/2026

Lire l’éditorial en ligne

Deux figures dominantes de la gauche du Parti démocrate prennent leurs distances avec les excès du wokisme. Est-ce un tournant qui s’annonce ?

Pour avoir ici même souligné les excès du wokisme – le rejet de l’universalisme, la logique communautaire, une radicalité rigide, une tendance à la police de la pensée –, on ne peut s’empêcher de noter avec ironie que ces critiques, dénoncées comme réactionnaires par les intéressés, sont aujourd’hui adoubées par deux représentants incontestables de la gauche américaine.

Ocasio-Cortez prend ses distances

Interrogée sur la question, Alexandria Ocasio-Cortez, députée démocrate devenue la principale figure du socialisme américain, proche de Bernie Sanders, éclate de rire et répond benoîtement : « Woke 1.0 was crazy ! ». Traduction approximative : « la première phase du wokisme était folle ».

Sur le même sujet, Zohran Mamdani, élu récemment maire de New York, autre personnage emblématique du gauchissement du Parti démocrate, sourit à son tour et explique joyeusement que les convictions d’un homme politique peuvent évoluer. Une manière feutrée mais très claire de rejoindre la réflexion lapidaire d’Ocasio-Cortez.

La présidentielle de 2028 en ligne de mire

Simple blague ou annonce d’un tournant ? En tout cas, ces deux symboles de la gauche américaine la plus radicale prennent de toute évidence leurs distances avec certains excès. On dira que tous deux visent à jouer désormais un rôle national dans la politique américaine. Ocasio-Cortez laisse désormais entendre qu’elle est prête à briguer l’investiture démocrate pour l’élection présidentielle de 2028. Elle met donc de l’eau dans son vin, ce qui peut jeter un doute sur sa sincérité.

Mais justement : si la gauche américaine considère qu’il est impolitique, si l’on veut battre les républicains post-Trump (le vice-président JD Vance est déjà candidat à la succession…), de continuer à défendre des positions outrancièrement communautaires ou marquées par un « politiquement correct » atrabilaire, c’est un signe incontestable. Au demeurant, il est maintenant acquis chez les analystes américains que les discours « woke » agressifs et certaines revendications radicales (« définancer la police », par exemple) ont servi la propagande rétrograde de Donald Trump et facilité son élection.

Les questions sociales reprennent le dessus

Comme par hasard, les candidats les plus à gauche dans les dernières élections partielles aux États-Unis, vainqueurs dans plusieurs États, se sont concentrés sur les questions sociales – revenu minimum, droits syndicaux, services publics, inflation, etc. –, laissant de côté les amères batailles culturelles qui ont émaillé la vie publique depuis des années aux États-Unis.

Sans renoncer le moins du monde à lutter contre les discriminations, pour les droits des femmes et des minorités, contre le machisme, le racisme ou l’intolérance trumpienne, les socialistes américains font un pas vers la rationalité. Ainsi s’amorce le retour vers un certain universalisme en matière culturelle et un plus grand réalisme en matière sociétale. Il était temps.


Voir LibreJournal en ligne


DON DÉFISCALISÉ Je fais un don


Pour un socialisme démocratique renouvelé et indépendant,
Je soutiens LibreJournal.fr


UNIR TOUS LES PROGRESSISTES La nouvelle gauche François Hollande

Pour battre Marine Le Pen, l’ancien président de la République propose d’unir toutes les forces progressistes en faveur du redressement de la France. Dans son dernier livre, il trace les grandes lignes d’un programme présidentiel de rassemblement. Lire l’article



LA GAUCHE ESPAGNOLE · 2/3 Immigration en Espagne : Vox aboie, la gauche gouverne

L’immigration nourrit en Espagne la croissance autant que les passions politiques. Face aux peurs attisées par Vox, la gauche au pouvoir tente une voie étroite : tenir les frontières sans renoncer au droit ni à la dignité humaine. Lire l’article



MONDE À L’ENVERS Trump : mou avec ses ennemis, dur avec ses alliés

La rupture des négociations commerciales avec les États-Unis décidée par le Premier ministre canadien résulte directement de la diplomatie si singulière de Donald Trump : dure avec les alliés de l’Amérique et accommodante avec ses adversaires. Lire l’article



FIN DU DAUPHIN ? Quand Marine étouffe Jordan

L’ex-plan B n’en finit pas d’avaler des couleuvres. Jusqu’où Marine Le Pen l’humiliera-t-elle ? Son arrivée à Matignon n’est même plus certaine en cas de victoire du RN. Lire l’article



GÉOPOLITIQUE Cour pénale internationale : pourquoi tant de haine

Soutenu par plusieurs pays du Sud, Donald Trump a juré la perte de la Cour qui juge les criminels de guerre. Blanc-seing pour l’oppression et les massacres… Lire l’article


LibreJournal.fr a 3 ans et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !

Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).



LibreJournal.fr

Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.