Kessel

L’édito – Intelligence artificielle : le règne de la stupidité

INTELLIGENCE ARTIFICIELLE : LE REGNE DE LA STUPIDITE<br><br>L’irruption de cette nouvelle technologie suscite l’habituelle et caricaturale opposition entre technophiles et technophobes. Peut-être serait-il plus utile de recourir, pour juger de l’intelligence artificielle, à l’intelligence humaine…

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 11/02/2025

Lire l’éditorial en ligne

Ballet réglé, conflit ordonné d’avance, dispute balisée et sans surprise. Les uns soulignent les immenses promesses de progrès que recèle l’intelligence artificielle, qui peut soutenir la médecine, aider la recherche, diffuser le savoir, faciliter la vie quotidienne, accroître la productivité du travail et donc la création de richesses pour tous. Les autres dénoncent un nouveau sortilège capitaliste, qui n’aurait d’autre fin que de gaver les actionnaires, manipuler les foules, faciliter la répression policière et soutenir les ambitions pernicieuses du couple Trump-Musk.

Deux statues immobiles qui ne sont que les chiens de faïence de la stupidité. Marx avait raison : la technique n’est pas une religion, ni une malédiction. Elle ne se comprend qu’à la lumière d’un rapport social, elle ne se juge qu’à l’aune du progrès humain. Il est inutile d’exiger son interruption, comme il était inutile de casser les machines qui menaçaient l’emploi des ouvriers du textile, mais qui abaissaient le prix de vente des vêtements. Les Canuts avaient raison, qui préservaient les machines à tisser mais réclamaient leur juste part.

La social-démocratie renaissante a son mot à dire dans ce débat : il ne s’agit pas de se prononcer pour ou contre l’IA, il s’agit de la mettre au service de l’humanité. Ceux qui la magnifient dans précautions – les ultra-libéraux – cherchent surtout à instaurer leur domination politique et sociale ; ceux qui la rejettent sans réfléchir – la gauche radicale et quelques épigones – sacrifient une avancée économique et sociale sur l’autel de leurs bonnes intentions. Autrement dit, il s’agit d’une question politique, au sens noble du terme. Résumons : la version américaine de l’IA, libertarienne, s’en remet à la soi-disant bienfaisance naturelle du marché ; la version européenne, d’inspiration social-démocrate, favorise l’innovation, l’investissement, la productivité, mais prévoit simultanément les règles d’ordre public qui en maîtrisent les effets nuisibles.

Ce qu’on aurait dû faire, notons-le, à la naissance d’Internet : encourager le talent des ingénieurs, des développeurs et des entrepreneurs, mais anticiper les excès des réseaux, vecteurs de fake-news, de haine en ligne, d’abêtissement collectif et d’illégalités innombrables, alors même que la technologie était un extraordinaire outil de démocratisation du savoir et de progrès économique. Il en va de même de l’IA : aux entrepreneurs l’initiative et le développement ; aux élus du peuple l’indispensable régulation. Hors de ces deux vérités, nous assisterons à l’imbécile affrontement des ravis de la technique et des obscurantistes antiscience.


Voir LeJournal.info en ligne


Soutenez LeJournal.info



PARTI SOCIALISTE Boris Vallaud : le dauphin en embuscade

Le président du groupe à l’Assemblée Nationale a manœuvré habilement pour unir ses troupes autour de la « non-censure ». Mais pour accéder à la tête du Parti Socialiste, il devra se faire violence. Lire l’artice


HABILETÉ Le coup de billard du Béarnais

François Bayrou souhaite modifier le mode de scrutin des trois plus grandes villes de France, Paris, Lyon et Marseille, pour les soumettre au droit commun. Zizanie assurée… Lire l’article


NATIONALISMES Destroy Europe Great Again

Ce samedi 8 février, à Madrid, un sommet nationaliste réunissait une partie de celles et ceux prêts à emboîter le pas au trumpisme sur le vieux continent. La dynamique est porteuse et la vague brune afflue. Lire l’article


ENTRETIEN AVEC PASCALINE LECORCHÉ Ce que mijote Place publique

La secrétaire générale du parti de Raphaël Glucksmann, Pascaline Lecorché, mitonne le retour en force de son leader. Refonte des statuts du parti, programme issu du projet européen, récit global qui révèle les ambitions de Place Publique pour les municipales et les législatives. Avec la présidentielle en ligne de mire. Lire l’article


« L’ART DU DEAL » USAid : la hache de Donald Trump

Le sort de USAid, l’organisation humanitaire réduite à la portion congrue, illustre la vision Trump 2.0 du rôle des États-Unis dans le monde, fondée sur le seul rapport de forces. Lire l’article


SOUVERAINETÉ NUMÉRIQUE IA : où est l’intelligence politique ?

Paris met en scène ses progrès dans l’intelligence artificielle, mais si l’Europe n’a pas l’intelligence de faire bloc face aux États-Unis et à la Chine, elle risque l’effacement. Lire l’article


LIBRE Sarkozy : va pour le bracelet

L’ancien président n’a pas fait jouer la loi pour éviter de porter son bracelet électronique, comme il en avait le droit. Habileté tactique. Lire l’article


DARMANIN CHEZ LES ROMAINS Lutte anti-drogue, l’exemple italien

En visite en Italie le 3 février dernier, le ministre français de la Justice a pu découvrir tout un arsenal juridique destiné à lutter contre les associations mafieuses. Une source d’inspiration. Lire l’article


Soutenez votre Journal, abonnez-vous


LeJournal.info a 1 an et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !

Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).



LibreJournal.fr

Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.