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Toujours inventif et inattendu, Donald Trump a trouvé le bon moyen d’esquiver la responsabilité des calamités climatiques qui peuvent d’abattre sur les États-Unis : il n’y est pour rien et n’a commis aucune faute ; le coupable, c’est Dieu !
C’est en tout cas ce qu’a déclaré très officiellement Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison-Blanche, interrogée sur la cause de la mort de plus de cent personnes, dont 28 enfants, dans la crue soudaine d’une rivière du Texas : « Tenir le président Trump pour responsable de ces inondations est un mensonge odieux, s’est-elle indignée. C’était un acte de Dieu ; ce n’est pas la faute de l’administration si la crue est survenue à ce moment-là. » Ce qui était le bon moyen de balayer l’hypothèse gênante – agitée par certains « mabouls des médias » – selon laquelle les coupes budgétaires décidées par le président américain auraient pu miner la fiabilité des prévisions météorologiques fournies par un organisme soumis à un programme d’économies drastiques.
Il y a une certaine logique dans cette déclaration. Comme Trump niait toute responsabilité dans la catastrophe, il a bien fallu trouver un responsable plus haut placé : Dieu a fait l’affaire. Voilà une leçon que tout responsable politique doit désormais méditer. Plutôt que d’encourir la colère de l’opinion, de se soumettre à la curiosité vicieuse des journalistes, voire, dans certains cas, de répondre de ses actions devant une justice partisane, tout élu mis en cause dans une catastrophe, désormais, pourra répondre : « je décline toute responsabilité, voyez cela avec Dieu ». L’arme absolue en matière communication moderne…
En revanche, si Karoline Leavitt a dégagé son patron de toute suspicion, il n’est pas certain que cette jeune et fervente catholique ait rendu service… à Dieu. Car voici le tout-puissant soudain accusé par l’administration américaine d’impéritie manifeste pour n’avoir pas empêché le drame, voire, si l’on prend l’hypothèse qu’il gouverne toute chose ici-bas, d’avoir fait preuve de cruauté perverse en provoquant la mort de tous ces innocents.
La porte-parole réveille ainsi un contentieux très ancien qui oppose le Créateur à ses créatures. Comment cet être suprême doté d’une bonté infinie et d’un pouvoir sans limite, demande l’humanité souffrante, peut-il rester inerte devant les malheurs incessants qui s’abattent sur elle, surtout quand ils lui sont infligés par la Nature, dont Dieu est par essence l’initiateur et le maître ? Et s’il s’est retiré du monde après l’avoir créé, comme le disent certains clercs, laissant les hommes face à leur responsabilité terrestre, à quoi sert-il de lui adresser des prières ? Questions redoutables que les croyants ont toujours du mal à éclaircir.
On pense à Voltaire écrivant en 1756 son célèbre poème sur le tremblement de terre de Lisbonne qui a causé la mort de quelque 70 000 personnes. Comment le Dieu d’amour, se demande le philosophe, a-t-il laissé advenir une tragédie aussi terrible ? Par son absence ? Ou bien dans l’obscure volonté de punir ses créatures pour une faute quelconque ? Citons le poète :
« Direz-vous, en voyant cet amas de victimes :
« Dieu s’est vengé, leur mort est le prix de leurs crimes ? »
Quel crime, quelle faute ont commis ces enfants ? (…)
Il le faut avouer, le mal est sur la terre :
Son principe secret ne nous est point connu.
De l’auteur de tout bien le mal est-il venu ? (…)
Mais comment concevoir un Dieu, la bonté même,
Qui prodigua ses biens à ses enfants qu’il aime,
Et qui versa sur eux les maux à pleines mains ? »
On ne sait si Karoline Leavitt a lu Voltaire, ni même si elle en a entendu parler. Mais voyant ces lignes, elle trouvera aussitôt la réponse : ce Voltaire est un communiste, un wokiste à l’esprit dérangé, dont les livres doivent être au plus vite mis à l’index.
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