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Paradoxe de la vie politique : c’est le parti le plus discret de l’été qui se porte le mieux. Tartarin Mélenchon occupe les tribunes de ses rodomontades depuis près d’un mois ; Marine Tondelier s’agite devant tous les micros pour rassembler un Nouveau Front Populaire éparpillé façon puzzle ; Bruno Retailleau ou Laurent Wauquiez exaltent les mânes de la droite dure ; le « bloc central » se débat à grand bruit comme un nageur qui se noie ; les socialistes font la une en revendiquant Matignon ; telle la chèvre de monsieur Seguin, François Bayrou se bat sur tous les plateaux contre le vote défiance. Mais le seul parti qui n’a pas ouvert la bouche de tout l’été a conforté sa domination.
En cas de dissolution, le RN est placé nettement au-dessus de 30% des voix par tous les sondages. Dans le dernier en date, celui de la Tribune-Dimanche, il émarge à 32% et Reconquête, la petite formation d’Éric Zemmour, à 5%, ce qui porte à 37% le score de l’extrême-droite dans un éventuel premier tour. Avec un tel capital de voix, le RN peut ambitionner, sinon une majorité, mais en tout cas un contingent de députés suffisant pour attirer à lui quelques supplétifs de droite qui lui permettront de gouverner pour mettre en œuvre sa politique autoritaire et nationaliste. Malgré ses ennuis judiciaires, Marine Le Pen peut guigner Matignon sans provoquer scepticisme ou éclat de rire. D’où vient cette bizarrerie ? C’est simple, en fait. Le RN n’a pas besoin de faire campagne, l’actualité le fait pour lui. Différentes les unes des autres, trois réalités nouvelles sont allées dans ce sens.
Les violences urbaines n’ont pris aucune vacance, à Aurillac, Béziers ou Alençon, rappelant à chaque fois aux Français inquiets que ces phénomènes touchent désormais les villes moyennes ou petites jusque là épargnées. Les règlements de compte liés au trafic de stupéfiants se sont multipliés bien au-delà de la périphérie des grandes villes et la montée en puissance des réseaux mafieux se poursuit en dépit des efforts de l’État.
En matière d’immigration, un phénomène nouveau vient servir la propagande du RN sans qu’il en dise un mot : dans plusieurs pays, qui ne sont pas tous gérés par des forces de droite, les politiques migratoires se sont brutalement resserrées, en Europe et dans le monde, et pas seulement aux États-Unis. Dernière en date : la Grande-Bretagne. Yvette Cooper, ministre travailliste de l’Intérieur, vient d’annoncer qu’elle suspendait le regroupement familial en dépit des conventions internationales. Le regroupement des familles immigrées est l’une des cibles traditionnelles du RN.
L’Europe, autre tête de turc des nationaux-populistes, a connu un été d’humiliations. Le brouillage GPS dont l’avion d’Ursula Von Der Leyen a été victime en Bulgarie en est le symbole, sans doute perpétré par la Russie. L’accord léonin accepté par la présidente de la Commission dans les négociations commerciales avec Donald Trump, remis en cause par les États-Unis à peine conclus, en offre l’exemple éclatant. De même que la manière méprisante avec laquelle Donald Trump a reçu, assis derrière son bureau, une délégation des chefs d’état européens venus parler de l’Ukraine, alignés devant lui comme des élèves en faute. L’Europe unie est plus forte, disent ses partisans. Cet été, elle a surtout montré sa faiblesse.
Sur ces trois sujets – il y en a d’autres, comme la guerre de Gaza – les défenseurs de la démocratie et de la coopération internationale ont avant tout étalé leur impuissance. Ainsi, petit à petit, l’idée qu’il faut renverser la table et confier les clés au seul parti qui n’a jamais gouverné fait son chemin dans la tête de nombreux électeurs. Pour mettre au pouvoir des incompétents et mener une politique de fermeture et de régression sociale, civique et climatique ? Certes. Mais les aspirations identitaires et autoritaires se nourrissent tous les jours de l’actualité. Voilà donc pourquoi la fille de Jean-Marie Le Pen est muette. À la différence de son père, elle engrange en silence.
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