Kessel

Vive le roi ?

On polémique sur une République qui met les petites porcelaines dans les grandes pour recevoir un monarque. On oublie au passage le vrai paradoxe qui marque la visite de Charles III.

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 22/09/2023

Funestes fastes ? Faute de goût monarchique dans un pays républicain ? Banquet indécent quand une partie des Français doivent économiser sur leurs repas ? Le procès est compréhensible, le contraste choquant. La juxtaposition du luxe versaillais et de la misère des quartiers suscite la gêne et, parfois, l’indignation. Polémique classique et quelque peu attendue.

Une anecdote vient tempérer le réquisitoire. En 1982, un an après la victoire de la gauche, un débat divisa les hautes sphères : fallait-il recevoir le G7 avec une certaine munificence, ou bien jouer la sobriété qui sied à un gouvernement hautement social ? Certains proposèrent d’abriter le sommet dans une friche industrielle, d’autres dans une austère salle du nord. Soucieux de marquer la légitimité du pouvoir socialiste, François Mitterrand refusa de déroger à la tradition qui conduit la République française à user du prestige de son patrimoine d’Ancien Régime pour recevoir les chefs d’État étrangers avec les égards coutumiers. Sous sa présidence très socialiste, François Mitterrand organisa donc le sommet du G7 à Versailles et dîna lui aussi en grande pompe dans la Galerie des Glaces. Ainsi va la diplomatie qui suppose un certain décorum. Quant à l’argument du contraste avec les difficultés des Français, il vaut pour toutes les époques : il faudrait donc proscrire tout apparat. Au demeurant, beaucoup de Français, admirateurs discrets de la monarchie britannique, y auraient même vu une mauvaise manière faite à un roi très francophile.

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Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.