Soutenez LeJournal.info
Lire l’éditorial en ligne
Officiellement, c’est une catastrophe naturelle. Par une malchance insigne, le cyclone Chido, telle une bombe climatique, a frappé au cœur le petit archipel français, levant des vents de plus de 250 km/h qu’on n’avait pas enregistrés depuis environ un siècle et qui ont ravagé le département le plus pauvre de France. Mais dès qu’on pose des questions élémentaires, on s’aperçoit que les causes du désastre relèvent bien plus de la responsabilité des hommes que de la nature.
Pourquoi des quartiers entiers, les plus pauvres, ont-ils été pratiquement rasés dans cette région du monde habituée aux cyclones ? Et pourquoi les autorités ont-elles renoncé à établir un bilan humain, déclarant seulement qu’il sera très supérieur aux chiffres déjà annoncés (14 morts dans un premier temps, probablement des centaines, ou des milliers au bout du compte) ?
Pour le comprendre, il faut effectuer un court rappel historique. Colonie française depuis Louis-Philippe, l’archipel des Comores, dont Mayotte fait géographiquement partie, a accédé en 1974 à l’indépendance. Mais les Mahorais, par un vote aux deux tiers plusieurs fois confirmé dans des référendums successifs, ont préféré rester dans l’orbite française, obtenant même l’instauration d’un statut départemental qui en fait des citoyens français de plein exercice. Si bien qu’à l’envers du catéchisme « décolonial », Mayotte toujours « colonisée », quoique le département le plus pauvre de France, bénéficie d’un niveau de vie très supérieur à celui des îles voisines, placées sous la coupe d’un régime autoritaire instable et incompétent.
Cette disparité criante a fait très logiquement naître un flux migratoire massif, sous la forme de traversées incessantes de petits bateaux (les « kwassas-kwassas ») transportant des migrants sans-papiers des Comores vers Mayotte. Ces migrants s’installent généralement dans des habitats précaires – des bidonvilles, pour parler clair – qui accueillent dans des conditions déplorables des dizaines de milliers de familles misérables privées de toute existence légale. Exactement celles qui sont les principales victimes du cyclone Chido, qui a volatilisé avec une violence inouïe leurs masures de bois et de tôle.
La pauvreté et le déracinement ont engendré l’apparition d’une délinquance endémique et très violente qui pourrit en permanence la vie des Mahorais. Les autorités françaises ont réagi en tentant d’endiguer le flot des réfugiés, renvoyant sans ménagement une partie des nouveaux arrivants, qui tentent aussitôt de nouvelles traversées. Ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, à la demande des élus locaux, a tenté de rétablir un semblant d’ordre à la faveur d’opérations coup de poing dénommées « Wuambushu » (« reprise en mains »). Mais leur bilan est mince et très contesté. De même, divers plans d’aide et de développement ont été mis en œuvre par Paris, avec un succès très insuffisant. Anecdote : la France insoumise a protesté hautement contre ces menées « coloniales », à l’exception de son représentant local, plus au fait de la situation, qui a refusé de les condamner.
Pour toutes ces raisons, à la différence de certaines voix d’opposition à Paris, – qui ont sans doute dans leur besace des solutions miracles – on se gardera de condamner sans réfléchir l’action de l’administration française. Placées devant un problème inextricable, celui d’une immigration massive qu’on ne peut réduire drastiquement sans violer les conventions internationales et d’un besoin de financement qui entre en concurrence avec les demandes légitimes des autres populations pauvres, en métropole et dans les outremers, elles parent au plus pressé, sans jamais résoudre sérieusement la question.
La catastrophe Chido montre que cet entre-deux ne suffit plus. Outre les secours immédiats, dont l’intensité doit être portée rapidement à la hauteur du drame subi par nos compatriotes mahorais, il est clair que l’effort administratif et financier doit être nettement accru, quitte à sacrifier d’autres priorités, tout en prenant des mesures humaines mais fermes pour maîtriser l’arrivée des migrants qui sont, après tout, en raison de leur origine, sous la responsabilité des autorités comoriennes.
Voir LeJournal.info en ligne

NOTATION Bayrou dans le nœud coulant de la dette
Le nouveau Premier ministre va devoir s’atteler d’urgence à maîtriser la dette publique dont les intérêts amputent les marges de manoeuvre de l’Etat. Lire l’article
POLITIQUE Ce que la gauche attend de Bayrou
Les socialistes ne participeront pas au gouvernement de François Bayrou mais ne le sanctionneront pas a priori. À condition qu’il se détache de la politique Macron pour impulser un tournant social. Lire l’article
POLITIQUE Le Premier ministre et la droite : je t’aime, moi non plus
Les rapports entre François Bayrou et la droite ont toujours été compliqués. Le Béarnais est trop rebelle pour être de cette famille. Lire l’article
MACRON COINCÉ Matignon au forceps
C’est contraint et forcé qu’Emmanuel Macron a nommé le patron du Modem à Matignon, dont il n’apprécie guère le caractère. C’est aussi sa dernière carte dans un jeu politique d’une extrême tension. Lire l’article
BILLET François le placebo
Je tiens que François Bayrou serait de loin le meilleur au poste de Premier ministre. Pour ne rien faire… Lire l’article
CRISE Emploi : plus dure sera la rechute
La crise politique éloigne l’objectif de plein emploi, marqueur principal de la politique d’Emmanuel Macron pour son deuxième quinquennat. Lire l’article
FATIGUE DÉMOCRATIQUE Le CDD non renouvelable
La nomination de François Bayrou, à l’issue d’un nouveau feuilleton à rallonge, clôt une nouvelle séquence risquant de ne convenir qu’à quelques-uns. Passée la trêve des confiseurs, les postures reprendront jusqu’à la possible crise finale à laquelle aspirent les populistes. Lire l’article
SYRIE Les islamistes font de la politique
La chute de la tyrannie d’Assad en un temps record permet toutes les supputations. Les innombrables exactions de la barbarie islamiste sont telles ces dernières années que nombre d’observateurs n’envisagent qu’une forme de talibanisation de la Syrie. Est-ce si sûr ? Lire l’article
BEAU LIVRE Barry Lyndon : les secrets d’un chef-d’œuvre
Archives et textes inédits, le livre donne la parole à ceux qui ont participé à cette aventure cinématographique hors-norme. Lire l’article
Soutenez votre Journal, abonnez-vous

LeJournal.info a 1 an et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !
Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).
