AFFAIRE LYHANNA : LA CHARGE DES DÉMAGOGUES
La légitime indignation devant les manquements de la justice dans l’affaire Lyhanna – devenue affaire d’État – autorise-t-elle toutes les surenchères de ceux qui n’ont autre but que de marquer des points politiques ?
C’est une tactique vieille comme l’extrême droite. Devant un crime qui suscite dans l’opinion une colère pour le moins justifiée, faut-il chercher des solutions rationnelles susceptibles de mieux protéger les enfants et de punir les innombrables coupables de violences sexuelles sur mineurs ? C’est la voie choisie par la majorité de la classe politique, qui débat de deux textes législatifs, l’un émanant des députés qui relaient les demandes des associations, l’autre du gouvernement qui a complété un projet de loi déjà élaboré pour se hisser à la hauteur de l’événement.
L’exploitation politique de l’émotion
Mais ce serait évidemment trop raisonnable, trop sérieux et trop consensuel. Il faut se distinguer, marquer l’opinion, agiter les réseaux, surfer sur l’indignation, récupérer l’émotion pour en tirer un dividende électoral. Et donc lancer des idées à impact, des réformes polémiques, des projets disruptifs, de manière à attirer les projecteurs : rétablir la peine de mort, abolir la prescription, imposer la castration chimique, créer une « perpétuité réelle », assimiler pédocriminalité et terrorisme, restaurer le pouvoir de l’exécutif sur la justice, etc. Dans ce concours Lépine de la mesure la plus décoiffante, on retrouve Éric Zemmour, Marine Le Pen, Philippe de Villiers, fantassins habituels de la démagogie droitière, mais aussi Bruno Retailleau, concurrent en dureté nationaliste, et encore Édouard Philippe ou Gabriel Attal, néophytes en démagogie, mais qui craignent leurs concurrents plus à droite.
La stratégie de la surenchère
Ces idées sont douteuses, inapplicables, contraires aux conventions internationales ou aux principes fondamentaux du droit ? Pas grave. Les projets en discussion sont réalistes, crédibles, dénués de tout angélisme et fondés sur la conjugaison de la prévention et de la sanction ? Peu importe. L’essentiel est ailleurs : élargir le champ du débat par des propositions extrêmes puis, une fois cette position conquise, accuser ses adversaires politiques réticents de mollesse, de laxisme et d’indifférence à l’égard des victimes.
Lesquels seront contraints d’élever des objections rationnelles dont la justesse même les rangera dans le camp des mous du genou, des indulgents envers la pédocriminalité, des bien-pensants qui reculent devant le qu’en-dira-t-on « droit-de-l’hommiste ». Ainsi va le débat politique au temps de la vindicte populiste, des réseaux sociaux simplificateurs et de la démagogie bolloréenne.
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