PROCÈS SAMUEL PATY : ET LES RÉSEAUX ?
Les personnes qui ont mené la campagne de haine contre Samuel Paty ont été sévèrement condamnées par la justice, ce qui est très légitime. Mais personne n’a même évoqué la responsabilité des réseaux qui ont véhiculé ces messages criminels…
Il y avait de grands absents au procès en appel des intégristes musulmans qui ont désigné Samuel Paty à la vindicte jihadiste. Les prévenus ont écopé de peines de prison lourdes, ce qui n’est que justice. Mais quid de ceux qui leur ont permis de propager leur campagne de haine ? Pas un mot sur leur responsabilité, comme si la justice, les commentateurs, le public en général, avaient intériorisé leur innocence ontologique.
C’est pourtant sur Facebook, sur WhatsApp (propriété de Facebook), sur YouTube (propriété de Google), que la campagne s’est développée pendant de longs jours, jusqu’à ce qu’un fanatique la prenne au mot et décapite le professeur accusé de blasphème. Les milliardaires du Net, émules de Ponce Pilate, se sont gardés de toute déclaration, de toute remise en question, se lavant les mains de toute l’affaire alors que, sans eux, l’assassin – que les initiateurs de la cabale ne connaissaient pas – n’aurait sans doute jamais entendu parler de la polémique née à Conflans-Sainte-Honorine.
Le statut ambigu des plateformes
On connaît leur défense (qu’ils n’ont même pas eu besoin de formuler) : les réseaux apportent un support technique à la communication et ne sauraient être tenus responsables des contenus postés par les utilisateurs. À l’instar de la Poste, qui ne s’occupe pas du contenu des lettres qu’elle achemine, ils ne sauraient prendre la responsabilité des messages qu’ils diffusent. Or chacun sait que cette neutralité proclamée n’est qu’une vaste blague. Les réseaux sont des médias. À travers leurs algorithmes, ils hiérarchisent et trient, le cas échéant, les contenus qu’on leur confie, comme le font les autres médias, à cette différence près : ils bénéficient d’une régulation totalement distendue, qui les oblige à retirer les contenus illégaux quand ils en sont avertis, c’est-à-dire quand il est trop tard pour prévenir leur diffusion, qui est quasi instantanée.
Neutralité ? Autre mauvaise plaisanterie. Soit qu’ils mettent en œuvre leurs convictions propres, souvent libertariennes, soit qu’ils s’alignent sur les idées rétrogrades de la présidence américaine par opportunisme, ils orientent très consciemment le flux de messages qui assure leur prospérité en privilégiant les contenus qu’ils jugent conformes à leur idéologie. La logique commerciale renforce encore le phénomène : ce sont les messages les plus provocants et les plus extrêmes qui génèrent le plus de trafic, c’est-à-dire le plus de profits. Ils paient donc une armée de lobbyistes et d’influenceurs pour faire pièce à toute tentative sérieuse de régulation. Donald Trump, prenant leur parti, a même menacé l’Union européenne de représailles douanières si elle persistait à faire respecter la législation qu’elle a mise en place pour limiter la casse.
Ils invoquent aussi la difficulté que représenterait le contrôle a priori des contenus diffusés. Troisième billevesée : ils ont tous les moyens techniques nécessaires pour établir ce contrôle préalable. C’est le coût de cette opération qui les rebute, alors même que leurs profits sont gigantesques et les ont changés en puissances redoutables qui exercent une influence massive sur l’opinion en enfermant chacun dans sa bulle culturelle ou idéologique.
Une responsabilité encore éludée
Tant que l’opinion n’aura pas pris conscience de la nocivité de ce pouvoir sans limites, tant que la dangerosité d’une libre circulation des contenus illégaux, et notamment des appels à la haine, ne sera pas reconnue, comme dans le cas de Samuel Paty, rien ne changera. Les réseaux sociaux, on l’écrit tous les jours dans la presse, sont des médias. En vertu de quel privilège aberrant, de quelle indifférence coupable, échappent-ils à la législation protectrice qui régule les autres médias ?
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