Kessel

L’édito – Orwell à la Maison-Blanche

ORWELL À LA MAISON-BLANCHE - Mécontent des chiffres de l’emploi montrant que sa politique n’a pas les résultats escomptés, Donald Trump a licencié la responsable de l’institut de statistique. Un scénario digne de l’auteur de 1984.

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 04/08/2025

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Qui l’eût cru ? Le livre de George Orwell, 1984, critique acerbe et classique du monde stalinien, trouve désormais son incarnation dans cette ancienne terre de liberté qu’étaient les États-Unis. Vendredi dernier, le rapport sur l’emploi publié vendredi par l’institut de statistique annonce que seulement 73 000 emplois ont été créés aux États-Unis le mois dernier et que 258 000 emplois de moins ont été créés en mai et en juin par rapport aux estimations précédentes. Des mauvais chiffres qui jettent une ombre sur les déclarations triomphales de Donald Trump, assurant que sa politique créait des centaines de milliers d’emplois supplémentaires.

Réaction du président américain : ce n’est pas ma politique qui est mauvaise, mais les chiffres qui sont truqués. Il a donc limogé la directrice de l’agence gouvernementale chargée des données mensuelles de l’emploi, Erika McEnfarter. Il est vrai que le crime commis par cette dame était pendable : elle avait été nommée par Joe Biden. Avis à son successeur, donc : comme dans l’antiquité, les messagers qui apporteront de mauvaises nouvelles seront exécutés. Voilà qui assurera la fiabilité des futures statistiques du gouvernement américain.

Au même moment, la base trumpiste – le mouvement MAGA – est agité par une controverse historique essentielle, contée hier par Le Monde. Chez Joe Rogan, animateur du podcast le plus écouté au monde, « Joe Rogan Experience », ou chez Tucker Carlson, ancien journaliste de la chaîne conservatrice Fox News et animateur d’une autre émission très populaire, « The Tucker Carlson Show », diffusée sur Internet, on pose la question que les historiens « mainstream » n’osent pas même évoquer. Et si le principal coupable de la seconde Guerre Mondiale n’était pas Adolf Hitler, injustement calomnié, mais…Winston Churchill. ? Ne serait-il pas, en fait, le vrai responsable du confit ? De ses millions de pertes humaines ? Des camps de la mort même ? Car si Churchill, cet excentrique belliqueux, n’avait pas déclaré la guerre à l’Allemagne, le Führer se serait évidemment arrêté à l’invasion de la Pologne, laissant le reste du monde en paix.

Un détail, au passage : ce n’est pas Churchill qui a déclaré la guerre, mais son adversaire Chamberlain, qui avait pourtant tenté d’amadouer Hitler par sa politique « d’apaisement », un peu comme Trump a essayé d’amadouer Poutine. Mais peu importe : cette vieille thèse de l’extrême-droite, réfutée par tous les historiens sérieux, est désormais le nouveau credo MAGA. Pourquoi ? Parce que le monde issu de la victoire des Alliés, qu’ils avaient voulu fonder sur les principes de coopération internationale et de respect des droits de l’Homme, est précisément issu de l’injuste condamnation du fascisme par Roosevelt, Churchill et consort.

Cette conception multilatéraliste, démocratique et progressiste de l’ordre planétaire, a conduit les sociétés occidentales à la faiblesse et à la décadence. Pour que l’Amérique soit de nouveau grande, il faut donc réécrire l’Histoire, déprécier ces Alliés déjà guettés par le wokisme en 1945, et réévaluer la saine réaction des fascismes contre l’avachissement occidental, quitte à donner de la Seconde Guerre Mondiale une version à la fois farfelue et éculée. C’est là qu’on retrouve le fameux avertissement d’Orwell : « celui qui contrôle le présent contrôle le passé. Celui qui contrôle le passé contrôle le futur.


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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.