Kessel

L’édito – Et si l’écologie était, par nature, « punitive » ?

ET SI L’ÉCOLOGIE ÉTAIT, PAR NATURE, « PUNITIVE » ? - Depuis six mois, l’écologie a subi plusieurs revers spectaculaires. Trahison des pouvoirs publics ? Négligence de la classe politique ? Aveuglement général ? Pas seulement : à chaque fois, c’est la protestation populaire qui a fait reculer l’État.

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 13/06/2025

Lire l’éditorial en ligne

Annulation pure et simple du principe des zones à faibles émissions (ZFE), loi Duplomb qui annule l’interdiction de produits chimiques néfastes, retard dans la mise en place de la règle « zéro artificialisations nettes » (ZAN), allègement des lois contre les passoires thermiques : depuis le début de l’année, le gouvernement a accepté – ou initié – plusieurs reculs notables qui contredisent son ambition écologique.

À juste titre, on dénonce ces revirements, qui trahissent des promesses pourtant maintes fois répétées avec une ferveur impressionnante. Il y a un double langage dans le macronisme qui mérité d’être stigmatisé à sa juste mesure. On tient des discours impeccables à la télévision, ou bien lors des conférences internationales, ce qui pose Emmanuel Macron en croisé de la cause climatique, mais on fait – ou on laisse faire – le contraire dans le cours réel des décisions gouvernementales.

Encore faut-il, au fil de ces réquisitoires, rappeler le déroulement réel de ces reculades. À chaque fois, il faut bien le reconnaître, l’action écologique a été contrecarrée par un refus populaire. Les ZFE ont été écartées à la suite de la campagne à la fois démagogique et efficace menée par l’écrivain et agitateur Alexandre Jardin au nom des « gueux » propriétaires de véhicules anciens qu’une législation écologiste « hors-sol » aurait, dit-il, empêché d’accéder au cœur des villes.

La loi Duplomb est née de l’inquiétude des agriculteurs devant le durcissement des normes encadrant l’usage des produits chimiques censés protéger les cultures. La lutte contre l’artificialisation des sols se heurte à la volonté de nombre d’élus locaux qui veulent décider librement de l’urbanisation de leur commune. Enfin l’interdiction de louer des « passoires thermiques » met en colère nombre de petits propriétaires qui sont privés du modeste revenu additionnel sur lequel ils comptaient.

Pourtant, au regard des nécessités écologiques, sanitaires ou climatiques, ces mesures sont logiques, rationnelles et justifiées. C’est là qu’on touche au cœur de la question. On peut retourner le problème dans tous les sens : pour verdir les politiques publiques, il faut imposer aux citoyens de nouvelles contraintes. Un peu comme dans un régime alimentaire : pour préserver sa santé à long terme il faut à court terme changer ses habitudes et accepter des efforts contraignants et fort désagréables. C’est irénisme et mensonge que de prétendre le contraire : en ce sens, l’écologie, impératif catégorique si l’on veut préserver les équilibres écologiques qui rendent la vie humaine possible, est par nature « punitive ».

D’où la montée en puissance du déni climatique et du refus populaire de l’écologie, appuyée sur la protestation des populations concernées, qui a aussi sa logique et sa légitimité. À cette contradiction oxymorique, il n’y a qu’une seule solution : compenser par la redistribution financière les contraintes imposées aux classes défavorisées au nom de l’écologie. C’est-à-dire infliger aux classes plus riches des efforts supplémentaires. Ce qui confirme la thèse initiale : par nature, pour les riches ou pour les pauvres, l’écologie est décidément « punitive ».


Voir LeJournal.info en ligne


DON DÉFISCALISÉ Je fais un don


Pour un socialisme démocratique renouvelé et indépendant des Insoumis,
Je soutiens LeJournal.info


VOLTE-FACE Le RN se met aux normes

Revirement à l’extrême-droite en matière d’orthodoxie budgétaire : en adoptant la règle des 3% pour le déficit et le principe d’une règle d’or, le parti de Marine Le Pen fait un pas important vers l’acceptabilité économique. Lire l’article


FISCALITÉ DES GRANDES FORTUNES Le Sénat, les riches et la constitution

Les détenteurs de gros patrimoines sont moins imposés que les autres contribuables. Une violation d’un principe constitutionnel dont le Sénat s’est emparé. Lire l’article


TRUMP TENTÉ PAR LA DICTATURE La garde nationale à Los Angeles : le moment Reichstag ?

Barack Obama a expulsé bien plus de migrants illégaux que Trump mais il l’a fait sans violer les droits des personnes ni la Constitution des États-Unis. Inutile et dangereux, le recours à la garde nationale est une nouvelle étape dans l’instauration d’un régime autoritaire. Lire l’article


MEURTRE SCOLAIRE L’école lieu de violence et de mort ? Non !

Le dernier drame en date, intervenu ce matin à Nogent (Haute-Marne), n’est pas simplement un énième fait divers intolérable. L’assassinat d’une jeune femme de 31 ans, employée de l’Éducation nationale, doit être l’occasion d’un sursaut. Lire l’article


TRIBUNE « Nous, féministes engagées, soutenons la candidature de Rémi Féraud à la Mairie de Paris »

Paris a toujours été un symbole de liberté et de démocratie. Alors que les droits des femmes reculent dans de nombreux pays dans le monde et qu’en France, les affaires liées aux violences sexistes et sexuelles continuent de secouer la société, Paris doit rester un modèle de lutte pour l’égalité entre les sexes et un havre de résistance face aux menaces de l’extrême-droite sur nos droits. C’est dans ce contexte que nous apportons notre soutien à Rémi Féraud qui a donné de nombreux gages d’un programme véritablement engagé en faveur de l’égalité. Lire l’article


BATEAU POUR GAZA Voilier Madleen : le piège Mélenchon

L’opération médiatique montée autour de la croisière du voilier Madleen, avec Rima Hassan à son bord, n’a d’autre objet que de remettre en selle le leader de la France insoumise. Et ça marche… Lire l’article


LeJournal.info a 2 ans et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !

Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).



LibreJournal.fr

Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.