Kessel

Guerre des « woke » : l’empire Disney contre-attaque

La firme californienne vient de prendre une mesure de rétorsion radicale contre le gouverneur de Floride Ron DeSantis. Étrange violence de la « guerre culturelle » américaine

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 19/05/2023

Spectaculaire développement du conflit qui secoue les États-Unis entre « wokes » et « antiwokes », dont le moins qu’on puisse est qu’il verse dans une inquiétante caricature. Disney vient d’abandonner un projet d’implantation en Floride qui comprenait plus de 2000 emplois, en représailles de la campagne menée contre la firme par Ron DeSantis, le très conservateur gouverneur de Floride.

Depuis des années, celui qui ambitionne de concurrencer Donald Trump dans la prochaine primaire républicaine s’est lancé dans une croisade contre le « wokisme » et en particulier contre la compagnie Disney, accusée de propager une sinistre idéologie, à la fois dans son comportement et dans ses productions culturelles.

Les dirigeants de Disney, firme largement présente en Floride avec son gigantesque parc Disneyworld, avaient notamment critiqué la loi « don’t say gay » promue par DeSantis, qui interdit de parler genre et orientation sexuelle dans les petites classes des écoles de l’état.

Le conflit vient donc d’atteindre un pic de tension avec la décision de Disney d’annuler la création d’un campus à 13 milliards de dollars près d’Orlando où se situe le parc Disneyworld. Les démocrates ont aussitôt voué DeSantis aux gémonies et Donald Trump en a profité pour moquer à son tour son rival des primaires.

Curieusement, DeSantis s’en prend à une firme qui a toujours soutenu le Parti républicain et dont les valeurs étaient depuis toujours solidement conservatrices, conformément aux vues de son fondateur. Mais Disney s’est mise au goût du jour en adoptant certaines pratiques dites « woke » et en faisant droit, dans ses productions, aux représentants des minorités ethniques ou sexuelles.

Pour être franc, le « wokisme » de Disney dans ses films ne casse pas trois pattes à un canard (il s’agit d’introduire des personnages noirs ou gays dans les intrigues, ou encore de donner aux héroïnes un rôle plus actif qu’auparavant). Mais l’apparition de héros homosexuels dans les scénarios met en fureur les lobbys religieux américains si puissants au sein du Parti républicain, qui y voient la diffusion d’une déviation impie.

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Par - LibreJournal.fr

Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.