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Sous le Second Empire, les séides de Napoléon III avaient inventé un système – à l’époque efficace – pour gagner les élections : la désignation de « candidats officiels » bénéficiant de l’approbation de l’Empereur et des concours actifs de l’appareil d’État dans la campagne. Adepte des références historiques, Emmanuel Macron vient donc de ressusciter, mutatis mutandis, cette tactique à l’époque dénoncée hautement par les républicains.
Intronisée candidate officielle, Valérie Hayer en difficulté voit voler à son secours tout ce que la macronie compte de responsables gouvernementaux, avec le même dédain que l’Empereur pour le principe d’égalité entre candidats pourtant à la base de la démocratie. Au vrai, friand de commémorations, le président pourrait ajouter à son programme de cérémonies la célébration du coup d’État du 2 décembre, de manière à rendre à César ce qui appartient au César de l’époque, en l’occurrence à Napoléon-le-petit, fossoyeur de la République en 1851.
Les temps étant avant tout médiatiques, les excellences du régime sont mobilisées, non dans les départements comme à l’époque de l’Empereur, mais dans les studios des radios et des télévisions. C’est ainsi que, contre tous les usages, Gabriel Attal, premier ministre, fait irruption sans crier gare sur le plateau de France-Info pour « encourager », c’est-à-dire suppléer, la candidate officielle interrogée par les journalistes. Qu’aurait-on dit si Marine Le Pen, ou Jean-Luc Mélenchon, avaient eu la même idée saugrenue de s’imposer soudain dans un studio pour épauler Jordan Bardella ou Manon Aubry ? Rires et protestations garanties… Mais comment refuser au Premier ministre de la France sa désinvolte entorse aux règles admises ? Nous voici revenus aux temps anciens : le gouvernement est chez lui sur le service public de la radio.
De la même manière, le président de la République, sous prétexte de gloser sur les commémorations du Débarquement, s’impose dans les JT de France et TF1 pour tenter de peser sur l’élection trois jours avant le scrutin. À juste titre, les opposants saisissent le gendarme des médias, l’ARCOM, pour exiger le rétablissement de l’équilibre dans les temps de parole. Mais pour compenser le temps de parole du président deux jours avant la clôture de la campagne faudra-t-il consacrer l’entièreté de la journée suivante aux leaders des autres listes ? On imagine le pensum. Toutes choses qui ne dérangent guère un président qui se situe, sinon au-dessus des lois, du moins au-dessus des règles élémentaires de l’équité.
Laurent JOFFRIN • @JoffrinLaurent
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