Kessel

L’édito – Les scénarios de l’après-Bayrou

LES SCÉNARIOS DE L’APRÈS-BAYROU - Si François Bayrou n’obtient pas la confiance le 8 septembre, le plus probable est qu’Emmanuel Macron nomme pour la troisième fois depuis 2024 un Premier ministre de droite à sa main, tels Sébastien Lecornu ou Catherine Vautrin. Sauf si la rue entrave ce scénario…

LibreJournal.fr
3 min ⋅ 28/08/2025

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François Bayrou jettera toutes ses forces dans la bataille jusqu’à ce 8 septembre où, selon toute vraisemblance, son gouvernement chutera. Parce qu’il veut sortir la tête haute mais aussi parce qu’il persiste à croire que le trou de souris pour survivre existe. Même si 72% des Français souhaitent que Bayrou n’obtienne pas la confiance ; même si le RN – dont lui et Macron étaient convaincus qu’il s’abstiendrait – réclame en réalité la dissolution ; même si les socialistes sont vent debout, il persiste à espérer leur faire entendre raison.

Son argument ? Son constat est le bon et surtout son départ plongerait la France dans une crise de régime qu’évoque déjà Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il réclame la destitution d’Emmanuel Macron. Crise de régime ? Tout juste revenu de Brégançon pour le conseil des ministres de la rentrée, Emmanuel Macron retrouve la posture qu’il affectionne : être en première ligne. Avec la chute annoncée de François Bayrou, il revient au centre du jeu. Que décidera-t-il ?

La dissolution que réclame Marine Le Pen est pour lui la pire des solutions. Avec une gauche éclatée, La France Insoumise isolée et un socle commun peu ou prou dispersé, on voit mal comment le Rassemblement National pourrait ne pas emporter les élections législatives qu’il aurait ainsi provoquées. D’autant que la diabolisation de Jean-Luc Mélenchon empêcherait le Front républicain de se reconstituer comme en 2024. Pis, certains soupçonnent aujourd’hui Marine Le Pen d’être elle-même candidate à Matignon plutôt que Jordan Bardella, afin de sortir de la nasse dans laquelle l’a plongée son inéligibilité.

Après huit années à l’Élysée, se retrouver avec le RN, voire Marine Le Pen à Matignon, quel cauchemar ! Ajoutez à cela qu’une dissolution repousserait mécaniquement tout vote sur le budget 2026 de la France à après les élections législatives, le film paraît très compliqué.

Exit donc la dissolution. Macron n’y recourrait qu’en toute dernière extrémité, ou dans un deuxième temps, s’il y était acculé par une pression devenue trop forte. Cette éventualité adviendrait en cas d’échec du troisième Premier ministre depuis la dissolution de juin 2024, qu’il devra nommer si Bayrou vient à tomber.

Emmanuel Macron peut aussi décider d’écouter les français. Comprendre enfin qu’il n’a depuis 2022 pas de majorité à l’Assemblée nationale et que la politique de l’offre qu’il a menée en dilapidant les deniers de l’Etat où il a diminué de 60 milliards d’euros les impôts et distribué des cadeaux à tout va, est un échec. Il pourrait envisager de nommer à Matignon un Premier ministre plus consensuel avec le profil d’un Bernard Cazeneuve pour tenter d’élargir l’assise de ses soutiens et constituer une sorte de pacte qui exclurait les extrêmes et permettrait à ce nouveau Premier ministre d’union nationale de stabiliser la France jusqu’à la présidentielle de 2027.

Mais il faudrait pour cela que le Président de la République accepte de se remettre en question. Qu’il reconnaisse ses erreurs et lâche son totem : n’augmenter aucun impôt qui impacte le patrimoine des plus riches ou ampute le capital des financiers. Ce que bien sûr, un Cazeneuve refuserait d’entériner.

Il faudrait aussi qu’il accepte de choisir quelqu’un qui le dérange. Le passage en force de François Bayrou pour accéder à Matignon a montré qu’il rechigne à nommer de trop fortes personnalités. Macron piège d’ailleurs Bayrou une seconde fois – comme lors de sa démission du gouvernement Philippe en juin 2017 – en acceptant sa décision de demander un vote de confiance voué à l’échec.

Ces deux pistes de la dissolution et de l’union nationale éliminées, le plus probable est qu’Emmanuel Macron nomme encore une fois un Premier ministre à sa main : Sébastien Lecornu qui plaît au Rassemblement National ou Catherine Vautrin qui mène le dialogue avec les syndicats. Deux personnalités de droite qui ne remettront pas en question son bilan.

Et après ? Le terrain préparé par François Bayrou sur le budget 2026 comme l’avait fait en son temps Michel Barnier pour celui de 2025, le nouveau locataire de Matignon pourra toujours lâcher du lest, notamment sur les 44 milliards d’euros à trouver et que conteste la gauche. En mettant le curseur sur un montant moins élevé et en accordant quelques mesures fiscales symboliques touchant les plus riches, il pourrait embarquer les socialistes dans une non-censure pour tenir jusqu’à la campagne présidentielle de 2027.

Ce scénario-fiction nécessite que tout se passe comme prévu. La virulence inattendue du RN, qui réclame la dissolution et celle de Jean-Luc Mélenchon qui veut la destitution sur le thème « le chaos, c’est Macron », annoncent une sortie de route. Sans oublier l’effet dans l’opinion du « Bloquons tout » le 10 septembre et les préavis de grève déposés par les syndicats, en particulier la CGT.

Si la rue s’en mêle, si la protestation est nombreuse et radicale, si l’opinion publique la soutient, tout peut s’emballer. La pression sur Macron peut s’accentuer jusqu’à le faire trébucher. Dans un récent sondage, 81% des Français souhaitent la nomination d’un nouveau Premier ministre si François Bayrou n’obtient pas la confiance. Mais ils sont 69% à souhaiter la dissolution de l’Assemblée nationale et 67 % à réclamer la démission d’Emmanuel Macron.

La France plongerait alors dans l’inconnu politique et économique où le pire pourrait arriver. Car aujourd’hui, seuls le RN et les Insoumis se disent prêts à gouverner.

par Valérie Lecasble


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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.