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L’édito – Lecornu, le clone triste

LECORNU, LE CLONE TRISTE - Le président a nommé à Matignon un homme de confiance sans aspérités, moine-soldat du macronisme, alors que la France en a soupé du macronisme. Mais ce manque de personnalité peut être un atout : il s’agit maintenant de s’effacer pour bâtir un compromis.

LibreJournal.fr
3 min ⋅ 10/09/2025

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Emmanuel Macron battant des records d’impopularité, irritant jusqu’à ses partisans par sa manie de s’occuper de tout, la situation politique imposant un Premier ministre dégagé de toute sujétion macronienne, le président a nommé à Matignon Sébastien Lecornu, le plus macronien des ministres, sans aucune prise sur l’opinion et réputé pour une fidélité qui confine, disent ses ennemis, à la courtisanerie. La tactique macronienne est souvent déconcertante… On espérait un homme libre de toute allégeance. On tombe sur un clone.

Le président rate depuis le début de son second quinquennat tout ce qu’il entreprend en politique intérieure (il est vrai qu’il n’avait pas beaucoup plus réussi au cours du premier). On comprend qu’il ait besoin de réconfort, de soutien et d’une certaine dose de servilité. Lecornu fait donc l’affaire, qui a trahi précocement Fillon pour passer chez Macron et s’est fait un point d’honneur, ensuite, à rester fidèle à cette trahison. Le macronisme ? L’opportuniste réunion des traîtres à la gauche ou à la droite.

Ce jeune premier ministre peut se défendre en mettant en exergue ce qui le sépare du président : Macron est un jeune d’apparence, vieux très tôt dans sa tête ; Lecornu est un vieux d’apparence depuis le plus jeune âge, triste et passe-muraille. Mais l’essentiel n’est pas là. On dit l’homme madré, ductile et rond. Voilà qui sera fort utile : dans certains cas la situation du pays exige raideur et dureté ; mais dans d’autres, souplesse et finesse. Parfois un Clemenceau ou un De Gaulle ; en d’autres occasions un Mazarin ou un Edgar Faure. On croit comprendre que Lecornu est de la seconde école. Ça tombe bien.

Car il s’agit maintenant de marier les contraires, de réunir l’eau et le feu, de faire convoler la carpe et le lapin. C’est-à-dire de trouver un budget qui amadoue les socialistes sans effaroucher ce qui reste de la droite républicaine, de manière à éviter à la France une nouvelle crise politique – ou de régime – jusqu’à la présidentielle. Une partie du pays veut renverser la table – sans savoir par quel meuble la remplacer – une autre en a plus qu’assez de l’instabilité et aspire à une vie politique qui cesse d’affoler l’opinion par ses incessants soubresauts.

La droite, à LR ou chez les macronistes, doit donc renier ses dogmes et accepter une nette inflexion sociale ; le PS doit modérer son prurit dépensier pour accepter de commencer à redresser des comptes en perdition. Pour rapprocher ces contraires, tâche indispensable à la défense de la démocratie contre les extrêmes, Lecornu devra se hisser à la hauteur de sa neuve réputation. À cette condition, la France, respectant les échéances électorales normales, pourra retrouver un début de confiance dans sa classe politique.


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Puisque la négociation est entamée avec les socialistes pour éviter la dissolution, pourquoi Emmanuel Macron ne descend-il pas le curseur afin de s’assurer de leur soutien ? Le projet socialiste contient trop de hausses d’impôts, balaie François Patriat qui concède cependant que le budget contiendrait une taxation des plus riches, condition sine qua non posée par le PS pour éviter la censure.
La concession, on le sent, tord le bras d’Emmanuel Macron. Suffira-t-elle à trouver ce fameux accord politique, du PS à LR, indispensable pour faire adopter le budget 2026 et éviter au prochain gouvernement de sauter ? Encore un effort mister president !.


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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.