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On connaît l’aphorisme du prince de Salina, dans Le Guépard, si souvent cité : « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Moins sophistiqué – élu de l’Eure et non seigneur sicilien – Sébastien Lecornu vient d’en donner une version moins paradoxale, moins oxymorique, plus terre-à-terre en somme et pleine de de bon sens : « Pour que rien ne change, il faut que rien ne change ».
Ainsi, il vient de nommer un gouvernement concocté pendant un long mois, placé sous le signe de « la rupture », selon ses propres mots, et qui est la réplique exacte, à quelques détails près, du gouvernement avec lequel il souhaitait « rompre ».
Rupture ébouriffante, donc. Il fallait du neuf : Borne reste en place, tout comme Valls, Darmanin, Vautrin, Barrot, Pannier-Runacher, Genevard, Montchalin, ou Tabarot. Il fallait de l’inédit : Le Maire, l’homme des budgets farces et attrapes, vieux routier du macronisme, revient en force à la Défense. Il fallait des surprises : Woerth, sarkozyste blanchi sous le harnois, fait irruption à l’Aménagement du Territoire, et Aurore Bergé, égérie d’En Marche dès l’origine, s’occupera des femmes. Il fallait de l’exemplaire : Rachida Dati mise en examen pour de émoluments douteux se montant à 900 000 euros, reste à la Culture.
Et voici que l’ancien-nouveau ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, se paie le luxe de manger le morceau : « La composition du gouvernement ne reflète pas la rupture promise ». Son ire se concentre sur Bruno Le Maire, ex-renégat des Républicains, qu’il rend responsable des dérapages budgétaires de l’ère Macron. D’ici à ce que le chef des LR se retire du gouvernement deux jours après sa nomination, il n’y a pas loin. Peut-être est-ce la rupture promise…
Pourtant, dans cet aéropage, la droite se taille la part du lion. Roland Lescure mis à part, on cherche vainement la moindre trace du « macronisme de gauche » qui servait de caution à une politique qui s’est droitisée inexorablement au fil des années. La plupart des ministres, qu’ils soient encore à LR ou qu’ils aient rejoint le macronisme, ont été formés aux côtés de Chirac et Sarkozy. C’est la nouvelle version du « en même temps » : de droite, mais aussi de droite.
Dans ce gouvernement d’oiseaux non-migrateurs, le ramage se rapporte au plumage. Pour survivre, il devrait amadouer un tant soit peu les socialistes en leur laissant miroiter un compromis qui leur permettrait de justifier une non-censure. De cette ouverture, la nouvelle équipe ne donne aucun signe, sinon l’idée d’un débat parlementaire interminable à la recherche d’un consensus introuvable. Du coup, les socialistes prennent le chemin de la censure et, si rien n’est fait rapidement pour les calmer, ils sont décidés à renverser ce gouvernement si peu conforme à leurs attentes, ne serait-ce que pour ne pas laisser à LFI le monopole de l’opposition de gauche. Peut-être s’agit-il de la vraie rupture : sauf geste fort, l’équipe Lecornu risque de devenir le gouvernement le plus bref de la Vème République.
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