On s’inquiète à juste titre de la « normalisation » du Rassemblement National. Un sondage Viavoice pour LeJournal.info l’avait déjà mise en lumière ; une enquête du Monde vient la confirmer. Entre autres résultats, les Français sont maintenant plus nombreux à penser que le RN peut légitimement participer à un gouvernement, qu’à rejeter cette angoissante hypothèse. Les commentateurs dénoncent « l’apathie » des adversaires du RN face à cette « dédiabolisation », rappelant fort justement ses contradictions, ses revirements et, surtout, le caractère antirépublicain de nombre de ses propositions. Œuvre pie s’il en est, précieuse pour éclairer l’opinion.
Mais c’est oublier l’essentiel : si le RN progresse régulièrement, ce n’est pas principalement parce que ses procureurs sont un peu mous du genou ou bien qu’ils négligent de réfuter ses thèses. D’ailleurs, quand le RN était « diabolisé », il progressait aussi. C’est que les problèmes qui favorisent l’ascension de Marine Le Pen ne sont pas résolus. Lesquels ? La « fracture sociale », jadis dénoncée par Jacques Chirac, est toujours béante ; l’insécurité, si elle n’atteint en rien les niveaux proclamés par l’extrême-droite, progresse en France, comme en témoigne l’augmentation des agressions contre les personnes ; la politique d’immigration, enfin, qui consiste surtout à concentrer les nouveaux venus dans des quartiers déshérités, où prospère une délinquance endémique et un trafic de drogue en pleine expansion.
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