Kessel

Mélenchon : La France soumise

MÉLENCHON : LA FRANCE SOUMISE. La France insoumise appelle à la négociation avec Poutine. Mais dans la situation actuelle, cette négociation aboutirait, soit à un échec, soit à la reddition de l’Ukraine et de l’Union européenne.

LibreJournal.fr
2 min ⋅ 18/03/2024

Non à « l’Europe de la guerre ». C’est avec ce slogan tout en nuances que Jean-Luc Mélenchon a lancé ce week-end la campagne de LFI pour les élections européennes. L’Europe, c’est la guerre, donc. Jadis, Napoléon III disait « l’Empire, c’est la paix ». Les deux formules sont tout aussi fausses : l’Empereur a mené quatre guerres, dont celle qui a précipité sa chute ; depuis sa fondation, l’Europe a maintenu la paix entre des nations qui passaient jusque-là leur temps à se combattre.

Quant à la guerre – faut-il le rappeler ? – elle a été déclenchée par Vladimir Poutine et non par l’Union européenne, qui a seulement refusé d’abandonner l’Ukraine aux appétit russes. Dans une falsification historique honteuse, Mélenchon renvoie dos-à-dos l’agresseur et ceux qui soutiennent l’agressé. La politique qu’il propose est fondée sur un mensonge.

La France insoumise veut nationaliser le scrutin pour en faire le test de l’impopularité macronienne et la base de départ de son ambition présidentielle. Il faut bien saisir ce que signifie ce double objectif. Mélenchon serait aujourd’hui au pouvoir que la France aurait rompu la solidarité européenne face à la Russie, refusé de livrer des armes à l’Ukraine et proposé une négociation immédiate avec Poutine. Toutes les guerres se terminent par une négociation, dit-il. Certes. Encore que certaines se terminent par une reddition, ce qui est différent.

Car au fond, c’est bien la reddition ukrainienne que propose en fait Mélenchon. Si les discussions s’ouvraient maintenant, comme il le réclame, elles auraient pour base, par définition, la situation sur le terrain. Pourquoi Poutine abandonnerait-il aujourd’hui des territoires conquis au prix de lourdes pertes ? L’Ukraine devrait donc faire une croix sur le quart de son territoire national et offrir cette récompense à l’agresseur. Ensuite seulement, on pourrait discuter de « garanties mutuelles ». À supposer d’ailleurs que le dictateur, conforté par sa réélection, veuille ouvrir des négociations de paix, ce dont il ne donne pas le moindre signe. Quant aux conséquences de sa victoire, elles sont connues d’avance : une volonté décuplée de reconstituer l’ancien empire russe et donc une Europe de l’est encore plus dangereuse.

Mélenchon veut jouer sur l’inquiétude de l’opinion face à la guerre d’Ukraine pour refaire le retard de sa liste sur Glucksmann. Pour gagner les voix qui lui manquent, il est prêt à abandonner la démocratie ukrainienne au profit de la tyrannie russe. Il mène en fait la liste de la France soumise à Poutine. Voilà qui est digne du bateleur démagogique que l’on connaît. Et non d’un homme d’État.

Laurent Joffrin
@JoffrinLaurent

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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.