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« Ce sondage est la preuve que c’est la ligne politique qui fait la force ». Député Place Publique proche de Raphaël Glucksmann, Aurélien Rousseau en est convaincu : qu’importent les insultes de Jean-Luc Mélenchon ou les états d’âme de Marine Tondelier qui refuse de rompre le lien avec La France Insoumise : c’est grâce à l’affirmation d’une vraie ligne politique sociale-démocrate, claire et solide, que la gauche peut gagner.
S’il se confirme dans les prochaines enquêtes, le sondage que publie l’IFOP-Fiducial en vue de la présidentielle de 2027 pourrait bien bouleverser la donne. Même si on ne l’a encore guère vu sur les plateaux de télévision, même s’il travaille avant tout sur ses idées pour sa rentrée politique dimanche prochain à La Réole, même s’il reste un peu en retrait de la scène politique, Raphaël Glucksmann se hisse à 15 % des intentions de vote, soit au moins trois points de plus que les meilleurs scores qu’il avait obtenus jusque-là. Et surtout, en tête de tous les candidats de gauche, il talonne Edouard Philippe, qui s’effondre à 16 %, meilleur score du « bloc central ». L’épaisseur du trait ou bien la marge d’erreur, comme aiment à le rappeler les sondeurs.
Et l’on se prend à rêver : ce qui paraissait improbable peut-il advenir ? Un candidat de gauche pourrait-il se qualifier pour le second tour de la présidentielle ? Avec un Rassemblement National qui continue de caracoler près de vingt points devant ses concurrents, à 33-34 %, que le candidat soit Marine Le Pen ou bien Jordan Bardella, l’issue de la présidentielle dépend de celui qui sera capable de se qualifier après le premier tour pour affronter le RN au second. Jusqu’à maintenant, on ne voyait dans ce rôle qu’un candidat de la droite ou du centre, avec une préférence marquée pour Édouard Philippe qui fait la course en tête depuis de longs mois.
Pour la première fois, un candidat de gauche, Raphaël Glucksmann, lui mord les mollets.
Avec 15 % d’intentions de vote, Glucksmann se situe nettement devant Jean-Luc Mélenchon, à 12%. Un atout clé qui peut le positionner comme le vote utile à gauche plutôt que le leader de LFI, qui au contraire risquerait de la faire perdre face à Marine Le Pen.
Pourquoi cette progression ? En raison de la conjonction d’une ligne sociale-démocrate forte et de l’incarnation d’un Raphaël Glucksmann qui permet de récupérer l’électorat venu de la gauche et qui a voté Emmanuel Macron en 2017 et en 2022, veut croire Aurélien Rousseau. La preuve, selon lui, que le positionnement de gauche de Place Publique est compris sans besoin de le claironner davantage. La leçon, renchérit Frédéric Dabi, directeur de l’Ifop, est que la démonétisation du macronisme est devenue un repoussoir qui fait revenir à gauche les électeurs qui l’avaient quittée. « Le réceptacle de l’électorat macroniste est Raphaël Glucksmann », conclut-il. La preuve : le camp d’Emmanuel Macron dérouille. Gabriel Attal est à 10 %, Bruno Retailleau guère plus. Et que dire de Gérald Darmanin, à 7 % ? Même Édouard Philippe, qui a pourtant quitté Matignon depuis longtemps, est désormais touché : il perd cinq points, de 21 à 16%…
Et Olivier Faure ? A gauche, il ne fait pas mieux que Gérald Darmanin à droite : 7 %. Comme quoi, ce ne sont pour l’instant ni les médias ni les applaudissements nourris au Congrès des militants du Parti socialiste qui font le vote. « Celui qui a le plus de présidentialité, c’est Glucksmann », tranche Aurélien Rousseau. Et si on lui demande où sont ses troupes, il évoque les 577 candidats que Place Publique pourrait présenter sous son label aux élections législatives dans toutes les circonscriptions, même en cas de dissolution. « Nous voulons présenter des candidats partout, y compris face à LFI », assure-t-il.
Une hirondelle ne fait pas le printemps et à dix-huit mois de la présidentielle, cette construction reste fragile. D’autant que la puissance du Rassemblement National, dont l’avance éclatante ne se dément pas, annonce une victoire de l’extrême-droite qui, avec le renfort des électeurs d’Éric Zemmour et de Nicolas Dupont-Aignan, frôle les 40 %.
« La dissolution ferait gagner au RN plus de 100 députés supplémentaires quand la gauche n’en récolterait pas plus de 30 à 40 », assure un observateur.
Et la présidentielle ? Certes le RN bénéficie du vote de ses électeurs historiques, auxquels il faut ajouter la France des travailleurs et, désormais, une bonne part des cadres supérieurs et des retraités. Mais « il a un problème de second tour car il pâtit d’un vote d’élimination », assure Frédéric Dabi. Ce qui laisse une chance à l’adversaire qui l’affrontera.
« Raphaël Glucksmann peut récupérer des voix à gauche qui plutôt que Jean-Luc Mélenchon auraient choisi Édouard Philippe », est convaincu Aurélien Rousseau, qui mise sur Glucksmann pour rassembler. À condition qu’il ait le temps de se préparer, sans qu’une dissolution vienne bouleverser sa feuille de route.
par Valérie Lecasble
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