Les coulisses de la semaine

Par Valérie Lecasble avec Bernard Attali, Jérôme Clément et Sylvie Pierre-Brossolett

LibreJournal.fr
5 min ⋅ 19/04/2026

LES COULISSES EN LIGNE

Macron-Dati : le torchon brûle

Emmanuel Macron n’est pas content. Maintenant que Rachida Dati a perdu les élections municipales et lui a donné tort de la choisir, tant elle s’est révélée une mauvaise candidate, il veut la mettre à distance. C’est mal connaître Rachida, la coriace.
Non seulement elle a décidé de rempiler dans son rôle d’opposante au Conseil de Paris, malgré le faible nombre de ses conseillers — seulement 32 — mais elle refuse aussi de lâcher le morceau sur le poste qu’elle convoite : la présidence du Château de Versailles, comme nous l’avions révélé.
Un fauteuil en or, bien rémunéré, proche de la Lanterne, maison de week-end du couple Macron, et qui permet de recevoir les grands de ce monde. Tout pour la faire briller.
Pour l’instant, Emmanuel Macron refuse de la nommer afin d’éviter les critiques, vu son maigre score aux municipales à Paris. Mais elle s’acharne. Va-t-il plier ?



Bolloré « n’a plus aucune limite »

« Tout comme Donald Trump s’est permis de critiquer le pape, Vincent Bolloré vire Olivier Nora à la veille du Salon du livre. Il n’a plus aucune limite. »
Ce parfait connaisseur du milieu des affaires se dit convaincu : Bolloré n’a pas le moindre état d’âme dans l’étape supplémentaire qu’il vient de franchir. Il poussera jusqu’au bout la guerre culturelle qu’il mène contre les intellectuels français, ces « gauchistes » qu’il abhorre.
Qu’importe si, avec le limogeage d’Olivier Nora de la présidence de Grasset, il a fait sauter sa dernière caution morale dans l’édition, et si la publication de ses livres risque de se réduire à quelques figures d’extrême droite : l’homme d’affaires « s’en fout ».
Qu’importe enfin si cette provocation va lui faire perdre du business avec les départs annoncés de 170 auteurs, dont Virginie Despentes, Sorj Chalandon ou BHL.
« Grasset, en termes de business, est une goutte d’eau en comparaison de l’opération de fusion qu’il mène avec Universal aux États-Unis avec le fonds de Bill Ackman. » L’impact sur ses résultats serait nul. Et son vertige d’hyperpuissance en sortirait renforcé.



Les 21 conditions de Marine Tondelier

Différentes de celles de Lénine au Congrès de Tours, voici les 21 propositions adressées par Marine Tondelier aux dirigeants de la présumée gauche unie (Olivier Faure et Boris Vallaud, Raphaël Glucksmann et Aurore Lalucq, Fabien Roussel, François Ruffin, Clémentine Autain…).
À quelques jours du Bureau national qui doit examiner son projet de programme du Parti socialiste pour la présidentielle de 2027, elles ont pour objet de participer au débat. Elles visent à « proposer ensemble une vision programmatique crédible et enthousiasmante pour le pays ».
Il s’agit, en vrac, d’une hausse du SMIC, d’une taxation des plus riches pour financer les services publics (santé, éducation), d’une garantie d’un droit au logement pour tous, d’une augmentation des salaires des enseignants de 15 %, d’un revenu minimum aux agriculteurs, d’une police de proximité, d’une régularisation des sans-papiers, de fonder une VIe République écologique…
Ceci dans l’objectif d’une « candidature commune à la gauche et aux écologistes » qui associerait les différents points de ce programme.
Afin d’éviter des « candidatures multiples et des egos irréconciliables », Marine Tondelier appelle à une « primaire ouverte » qui désigne une « candidature commune ». La leader des écologistes invite ses partenaires à une rencontre dans les semaines prochaines en vue d’un travail collectif.



Catherine Pégard mal vue

Les premiers pas de Catherine Pégard ne sont guère appréciés par le monde de la culture, pas davantage que ne l’avaient été ceux de Rachida Dati.
D’abord parce qu’elle poursuit la même politique de réduction des crédits que sa prédécesseuse. Exemple : le président de la région Centre-Val de Loire, François Bonneau, s’est vu signifier une réduction de 20 % de ses crédits pour 2026, et encore davantage au détriment du patrimoine historique.
Ensuite parce que le cabinet de la ministre est jugé réactionnaire et peu ouvert à la rupture ou à la créativité. Avec une mention spéciale pour son directeur de cabinet, Luc Allaire, l’ex-secrétaire général du ministère, qui s’était fait remarquer pour ses positions conservatrices, en particulier lorsqu’il avait mis fin aux fonctions d’Agnès Saal, alors déléguée aux droits des femmes de l’administration.



Présidentielle : le débat Philippe-Hollande

Plombé par une démographie où le nombre de ses actifs ne suffit plus à financer les pensions et la santé de ses retraités, le modèle social français est à bout de souffle.
Ce constat fait l’objet d’un consensus entre François Hollande et Édouard Philippe lors du débat organisé par Les Gracques à la Cité universitaire de Paris. Il faudra donc le réformer pour en assurer la pérennité.
C’est sur la méthode que les approches divergent. Quand François Hollande prône la manière douce autour de la réconciliation, sur le modèle de la réforme Touraine où le nombre des annuités avait été augmenté sans toucher à l’âge de la retraite, Édouard Philippe défend au contraire la confrontation.
Il rejoint la position de Nicolas Dufourcq, patron de la BPI, qui veut mettre les sujets sur la table sans craindre l’affrontement. Les Français doivent prendre conscience des difficultés et se serrer la ceinture, assurent-ils en chœur. « Bon courage pour les convaincre », lance François Hollande, amusé.



Delphine Ernotte muscle son entourage

Les auditions de la Commission d’enquête de l’audiovisuel tout juste terminées, Delphine Ernotte renforce les équipes de son cabinet. Après l’arrivée à son Comex de Marie Villette, ex-secrétaire générale de la Mairie de Paris, elle recrute Maïa Wirgin, l’ex-secrétaire générale de la Cour des Comptes sous Pierre Moscovici.
Ceci, dans la perspective de nouvelles épreuves à venir, qu’il s’agisse de la publication du rapport de Charles Alloncle, de la campagne présidentielle, ou enfin de la résistance qu’il faudrait opposer au Rassemblement National s’il devait remporter l’élection présidentielle.



Israël en pleine prospérité

Le Fonds monétaire international (FMI) l’indique dans sa dernière étude : en dépit — ou grâce — à ses guerres, Israël prospère. Son PIB atteint 60 000 dollars par habitant, devant celui de la Grande-Bretagne (56 000 dollars) et de la France (51 000 dollars).
L’explication réside essentiellement dans les performances de ses entreprises technologiques. Start-up, centres de recherche et développement, grandes entreprises de la tech (Google, Microsoft, Intel) se développent rapidement.
Cette « Silicon Wadi » profite de l’excellence technologique de jeunes Israéliens formés lors de leur service militaire, d’une forte culture du risque, d’une obligation d’innover, d’un soutien sans faille de l’État et d’une grande ouverture internationale.
Ainsi, Israël serait à la fois Sparte, avec sa force militaire, et Athènes, avec sa dimension intellectuelle et innovante. Sa population est-elle heureuse pour autant ?



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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.