LES DEUX ANTISÉMITISMES
En concluant de nombreux accords avec LFI, le PS passe l’éponge sur les dérapages aux connotations antisémites de Jean-Luc Mélenchon. Comme pour le cholestérol, il y a un mauvais antisémitisme, celui de l’extrême droite, et un bon, celui de l’extrême gauche.
Il y a donc, selon la direction du PS, deux sortes d’antisémitisme. D’abord l’antisémitisme d’extrême droite, qui nous ramène « aux heures sombres », aux « pires moments de notre histoire », à Pétain et Doriot, qui exclut ses partisans de l’arc républicain et justifie la constitution d’un « front antifasciste », toutes choses exactes. Mais il y en a un autre, qui n’est qu’un dérapage sans gravité, un mode d’expression certes contestable mais qui ne tire pas à conséquence, une pure convention de style qui pimente le discours et permet d’occuper les médias quand le besoin s’en fait sentir : celui de Jean-Luc Mélenchon.
Une logique à géométrie variable
On songe au sketch classique des Inconnus mettant en scène trois chasseurs à la casuistique avinée. « Qu’est-ce qu’un mauvais chasseur ? » dit l’un. « Eh bien, le mauvais chasseur, c’est le gars qui a un fusil, il voit quelque chose qui bouge, il tire, voilà. Ça, c’est le mauvais chasseur ! » Et le bon chasseur ? « Le bon chasseur, c’est autre chose, rien à voir : il a un fusil, il voit quelque chose qui bouge, il tire ! Rien à voir, c’est ça le bon chasseur ».
Rien à voir en effet. À Paris, il est impossible de s’allier nationalement à un parti qui joue avec les clichés antisémites. Mais à deux heures de TGV, le même parti est un partenaire respectable, certes un peu brusque dans ses propos, mais indispensable à la victoire. Voilà la dialectique à laquelle s’astreint depuis deux jours la direction du PS : vérité en deçà du scrutin local, erreur au-delà. Rien à voir, on vous dit…
Le « front antifasciste » en question
Tout cela se déroule au nom du nouveau concept introduit dans le débat public par Jean-Luc Mélenchon : le « front antifasciste ». Autre farce sémantique qui couvre l’opportunisme le plus cynique. Dans les villes où les accords ont été scellés, aucune des listes de droite qu’on veut dégommer ne s’est alliée avec le RN. Il s’agit la plupart du temps de notables conservateurs ou centristes qui rallient l’électorat de la droite classique. Sous l’égide de LFI, les voici implicitement rangés dans la catégorie des fascistes, tout aussi mouvante et élastique que l’antisémitisme selon le PS. On ne sache pas qu’à Nantes, Limoges ou Toulouse, des bandes armées en chemise brune écument les rues, comme naguère en Allemagne ou en Italie… À voir des fascistes partout, on finit par n’en voir nulle part, tant la dénomination perd de son sens.
Un risque pour le front républicain
Le vrai front antifasciste consiste à réunir aussi largement que possible les démocrates contre les factieux de l’extrême droite. En assimilant au fascisme une pléiade de notables centristes ou LR, on affaiblit le véritable outil de lutte électorale contre le RN, le front républicain qui a fonctionné en 2024 en empêchant la victoire du RN et qui, depuis, bat singulièrement de l’aile. Et en se rangeant sous la bannière LFI, on valide stupidement la stratégie d’affrontement permanent de LFI qu’on dénonçait hautement quelques jours plus tôt. À Bondy, le 4 mars dernier, Jean-Luc Mélenchon avait anticipé des ralliements lamentables : « Les socialistes ? Ils ne vont pas nous coûter trop cher, je pense, à acheter pour le deuxième tour ! »
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