LES « RACISÉS » N’AIMENT PAS LE MOT « RACISÉ » !
Importante tribune dans Le Monde : à la suite du maire de Saint-Denis, deux universitaires font justice du substantif « racisé » qu’une certaine doxa veut à tout prix imposer dans le débat public..
Une fausse note, assurément : interrogé sur BFM par Apolline de Malherbe sur le sort des « racisés » dans sa ville, Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, répond tout tranquillement : « Je n’aime pas trop ce mot de “racisé”. » Le lendemain, sur France Inter, cet édile qui refuse de distinguer ses administrés par la couleur de leur peau aggrave son cas : « Vous allez dans les quartiers populaires, il n’y a aucun habitant de Saint-Denis ou des quartiers populaires qui se qualifierait spontanément de “racisé”. »
Une prise de distance venue de Saint-Denis
Diable ! Mine de rien, au détour d’une phrase, voici tout un courant de l’antiracisme intellectuel et militant soudain désavoué par un homme-symbole, élu LFI, victime d’une double attaque raciste sur CNews, qui incarne désormais aux yeux du public « la diversité » (autre néologisme) arrivant aux responsabilités municipales.
« Racisé », ce vocable aux intentions secourables, est destiné à rappeler que le concept de race a été scientifiquement réfuté et qu’on l’impose à tort à certaines minorités. En le récusant sur le ton de l’évidence, le maire de Saint-Denis prend le contrepied du vocabulaire intersectionnel et décolonial utilisé par la militance qui le soutient.
Un débat au sein de la gauche intellectuelle
La raison en est toute simple : manifestement d’orientation universaliste et républicaine, Bally Bagayoko ne veut pas qu’on colle dans le dos d’une partie de ses administrés cette étiquette pieuse qui, sous couvert d’employer un mot antiraciste, réintroduit dans le discours une séparation néanmoins « raciale » au sein de la population de sa ville.
Le cinglant désaveu n’a pas échappé à la sagacité d’un sociologue et d’un historien, Stéphane Beaud et Gérard Noiriel, tous deux spécialistes de l’immigration et de l’histoire des classes populaires, tous deux orientés à gauche sans être pour autant militants. Familiers des études de terrain, eux aussi constatent que les « racisés » n’aiment guère être catalogués de la sorte. « Le mot “racisé”, écrivent-ils, est rejeté parce qu’il contribue à l’essentialisation des identités des individus à partir de leurs seuls attributs physiques apparents, ce qui aboutit à l’écrasement des autres éléments structurant leur personnalité. Celles et ceux qui refusent cette étiquette ne veulent pas être enfermés dans les catégories que fabriquent les professionnels de la parole publique pour alimenter les polémiques qui les opposent. »
Bien entendu, en défendant cette thèse, ils ont été accusés de jouer le jeu des racistes. Imputation mensongère et injuste : la logique universaliste conduit tout autant à récuser la discrimination fondée sur l’origine et fournit une base solide pour combattre le racisme. Ce qu’ils expriment ainsi : « Refuser de diviser le peuple français en deux catégories : les racisés et les non-racisés, ce n’est pas nier l’existence du racisme. Toutes les formes de discrimination qui sont aujourd’hui dénoncées dans le vocabulaire racialiste avaient déjà été étudiées par des chercheurs en sciences sociales soucieux d’éviter les logiques d’assignation identitaire. » On ne saurait mieux dire…
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