QUESTIONS SUR LE PROGRAMME SOCIALISTE
Utile et complet, le projet soumis au débat au sein du PS néglige néanmoins quelques redoutables dilemmes qu’il faudra bien affronter pour arriver au pouvoir.
Tout arrive : le Parti socialiste vient de se doter d’un projet. Hosannah ! Il faut donc saluer cet effort, issu d’une année de travail et d’une large participation des militants et des experts du parti. Avant même d’en dire quoi que ce soit, on remarquera que les éditorialistes paresseux ne cessaient jusqu’à maintenant de regretter l’absence de tout débat de fond au sein de la gauche réformiste. Erreur : qu’il s’agisse des socialistes ou des personnalités qui gravitent autour de lui, le travail de fond a été engagé, les réflexions existent et les propositions abondent. Les journalistes ont seulement négligé d’en parler.
Le texte du PS regorge de mesures qui ont souvent un réel intérêt et abordent la plupart des questions d’aujourd’hui. La gauche radicale n’est plus la seule à bâtir des projets et le débat interne à la gauche démocratique et républicaine peut désormais commencer. Mais ces fleurs étant jetées, il faut poser aussi quelques questions.
Une rupture idéologique contestée
Le PS commence par une affirmation péremptoire : la social-démocratie est dépassée, dit-il, arrive le temps d’un socialisme renouvelé, qui relèvera les défis du 21ème siècle. L’ambition est haute, la rupture proclamée, le but désigné. Mais la distinction sémantique entre socialisme et social-démocratie, à bien y réfléchir, est très contestable. Pour Michel Rocard, par exemple, le socialisme et la social-démocratie étaient une seule et même chose, bien distincte du communisme : une volonté de maîtriser l’économie de marché sans en récuser le principe et de progresser vers l’émancipation par des réformes successives. La doctrine table sur la redistribution des richesses produites et sur une intervention collective renforcée dans le cadre d’une économie mixte. Il s’oppose au capitalisme libéral, mais aussi aux projets de la gauche révolutionnaire, ou radicale, longtemps représentée par le Parti communiste, aujourd’hui par la France insoumise.
Le nouveau projet socialiste rompt-il avec cette philosophie ? C’est-à-dire, au vrai, avec son propre passé, comme il le propose de manière un peu inconséquente. Non : il propose une redistribution plus généreuse et une action publique plus volontaire. Autrement dit, il veut appliquer la même politique en dépensant plus. Nulle rupture conceptuelle dans cette affaire. Si bien qu’on se demande si cette distinction entre socialisme et social-démocratie n’a pas surtout pour but de renvoyer de manière polémique les opposants à la direction du parti aux ténèbres extérieures de la droitisation supposée et des recettes du passé, sans pour autant innover sur le plan théorique, sinon en intégrant à la vision socialiste la défense de la planète et une lutte renforcée contre les discriminations, ce sur quoi tout le monde à gauche est d’accord.
Les angles morts budgétaires
Du coup, le programme présenté laisse dans l’ombre des questions essentielles nées de l’évolution de l’économie et de la société. D’abord, quid du chiffrage ? La lenteur de la croissance et le poids des déficits limitent par nature les ressources financières disponibles. Dès lors, quelle est la politique budgétaire souhaitable ? Comment réduire ou limiter la dette ? Quelles priorités définir dès lors que les moyens disponibles sont par nature limités ?
Chacun voit bien que l’économie de la France, et notamment son industrie, est sur une pente déclinante et qu’elle ne pourra se redresser sans un effort considérable d’investissement, public et privé. Comment l’organiser ? Comment arbitrer entre investissement et consommation ? Comment dégager les moyens nécessaires, d’autant qu’il faut également financer la transition écologique et l’édification d’une défense européenne autonome ? Ces questions sont diluées au fil d’une longue liste de mesures dépensières, alors qu’elles exigent des choix difficiles, qui s’imposeront à tout gouvernement.
La question de la crédibilité au pouvoir
D’où une question cruciale : comment tenir les promesses contenues dans le programme ? À moins, bien sûr, qu’il ne s’agisse, selon une méthode très ancienne : proposer un programme maximal qu’on devra abandonner en grande partie — pour ne pas dire renier — si l’on arrive au pouvoir…
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