TRUMP : l’IMPÉRIALISME DE L’IGNORANCE - Et si la politique étrangère de Donald Trump reposait non pas sur la volonté de puissance mais, plus vraisemblablement, sur une crasse inculture ?
Oops ! Le gouvernement belge a publié un démenti quand il a constaté, en lisant une communication de la Maison-Blanche, que son pays avait été inclus sans qu’il le sache dans le Conseil de la Paix, le machin monté par Trump pour faire concurrence à l’ONU. Les autorités américaines ont rectifié piteusement leur annonce en expliquant qu’elles avaient confondu Belgique et Biélorussie. Il est vrai qu’on peut s’y tromper : en anglais, les deux pays ont eu la mauvaise idée de choisir un nom qui commence par les mêmes lettres : Belgium pour l’un et Belarus pour l’autre. S’agissant de nations aussi insignifiantes aux yeux du gouvernement américain, voilà bien une erreur qu’elles auraient dû éviter.
Les bévues toponymiques de Donald Trump
Donald Trump n’en est pas à sa première bévue toponymique. Il s’est ainsi vanté d’avoir rétabli la paix entre l’Azerbaïdjan et l’Albanie, deux pays qui n’ont jamais, qu’on sache, échangé un coup de fusil, et pour cause : ils sont situés à plus de deux mille kilomètres l’un de l’autre, dans des régions totalement différentes. Le président américain voulait en fait parler de l’Arménie…
De même, il a confondu plusieurs fois, dans un autre discours, le Groenland et l’Islande, trompé là encore par une euphonie malheureuse. Sans doute, s’il avait pu s’emparer du Groenland, aurait-il changé son nom pour ne pas le mélanger avec l’autre île du nord, comme il l’a fait du Golfe du Mexique, soudain devenu Golfe d’Amérique, sans doute par souci de simplification. Confondra-t-il un jour Irlande, Swaziland et Disneyland, sachant que la troisième entité lui est nettement plus familière que les deux autres ?
« La politique de toutes les nations est dans leur géographie », écrivait Napoléon. La maxime s’applique désormais, par antithèse, aux États-Unis : la politique de la nation américaine est dans son indifférence à la géographie. Ainsi Trump prend-il le Canada pour une petite principauté vouée à l’annexion, oubliant qu’il est peuplé de Canadiens plutôt fiers de leur pays et soucieux de leur indépendance ; ainsi estime-t-il que l’Amérique latine n’est qu’une vaste dépendance de l’empire yankee qui doit obéir à ses oukases au doigt et à l’œil ; ainsi confond-il Gaza avec la Côte d’Azur (Riviera en anglais) ; ainsi pense-t-il que le Minnesota, État largement anti-trumpiste, est une sorte de Corée du Nord peuplée de communistes, et demande en conséquence à sa police d’imiter les méthodes de celle de Pyongyang.
On parle de frappes américaines sur l’Iran. Les Iraniens ne devraient pas être les seuls à les anticiper, mais aussi les Irakiens et les Turcs, voisins du pays des mollahs. Une erreur est vite arrivée…
Une « doctrine Monroe » par erreur de référence
Certains exégètes voient dans son action internationale une sorte de rationalité impériale, fondée sur la volonté de puissance. Si l’on y réfléchit, on peut tout aussi bien gager qu’elle s’appuie avant tout sur le mépris et l’ignorance envers les « pays de merde » (« shithole countries ») qui importunent sa Grandeur, selon l’aimable expression qu’il a plusieurs fois employée.
On lui attribue le désir d’appliquer la « doctrine Monroe », formulée par un ancien président américain. Il y a, là aussi, erreur sur le nom. Dans Les Hommes préfèrent les blondes, la comédie de Howard Hawks, Marilyn Monroe joue le rôle d’une jeune femme séduisante à la culture limitée. Rendant compte de son voyage sur le vieux continent où elle a connu maintes aventures, elle annonce fièrement qu’elle a parcouru toutes sortes de pays merveilleux, en usant de cette formule définitive : « Nous avons visité l’Europe ET l’Italie ». Telle est la vraie « doctrine Monroe » dont s’inspire Donald Trump. Et pour terminer, paraphrasons Audiard : « les ignorants, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ».
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