ROUBAIX, SYMBOLE D’UNE NOUVELLE GAUCHE POPULAIRE - Candidat face à la droite et à LFI, Karim Amrouni tient un discours républicain et social qui ouvre la voie de la reconquête des classes populaires, enjeu décisif à la résonance nationale.
Voilà un candidat dont on ne fera pas le portrait sur CNews, pas plus que dans les médias de la gauche radicale. Karim Amrouni, candidat à la mairie de Roubaix, est fils d’immigrés, universaliste, humaniste et social-démocrate, toutes qualités qui, mises ensemble, n’entrent pas dans les catégories toutes faites des deux extrêmes. Son exemple montre qu’une candidature de la gauche républicaine fondée sur un discours social et non communautaire peut parler aux classes populaires et rallier une majorité autour d’un projet de redressement urbain.
Face à une droite sortante compromise dans une affaire judiciaire, face à l’un des députés LFI les plus agressifs, David Guiraud, Amrouni a le soutien des écologistes, des communistes et des radicaux de gauche. Vif et posé, déterminé, il est respecté dans les quartiers populaires comme auprès des notabilités roubaisiennes. Son père algérien était ouvrier zingueur, recruté aux temps de la prospérité de la ville, dans les années 1960. Sa mère illettrée a suivi de près sa scolarité, présente à tous les conseils de classe et prenant toujours le parti des professeurs. « Sans l’école, disait-elle, rien n’est possible ». Elle a eu treize enfants, élevés dans un souci constant d’intégration républicaine. Huit d’entre eux sont devenus médecins, dont le benjamin Karim, orthodontiste et militant associatif.
Le défi est à la mesure de cette volonté tranquille. Défi social en premier lieu : avec près de 100 000 habitants, dont une forte proportion est immigrée ou enfant d’immigrés (on y compte plus de cent nationalités), Roubaix est l’une des villes les plus pauvres de France, avec 50 % des habitants au-dessous du seuil de pauvreté. Défi économique : fleuron de l’industrie textile, naguère florissante et industrieuse, la troisième agglomération du trio Lille-Roubaix-Tourcoing a subi dans la douleur le déclin du secteur, dépassé en une décennie par la concurrence des textiles venus des pays émergents, embourbée dans le chômage de masse et la désertification industrielle. Défi politique : face à une droite encore forte en dépit des condamnations qui ont frappé le maire sortant, convaincu de manœuvres fiscales et financières frauduleuses, deux gauches rivales prétendent à la mairie, LFI d’un côté, la gauche républicaine de l’autre.
Municipales : LFI vise Roubaix
Roubaix peut devenir un symbole national pour ces municipales : la ville figure parmi les cibles identifiées par la France insoumise comme terre de conquête, sur la base du discours à la fois populiste et communautaire qu’affectionne Jean-Luc Mélenchon. C’est David Guiraud, l’un des plus bruyants députés mélenchonistes, proche de Coquerel et Léaument, qui guigne le poste de maire, en fer de lance de l’implantation que projette LFI dans les grandes villes de France.
« Guiraud est un rival redoutable, dit Amrouni. Il pratique systématiquement la culture du clash sur les réseaux et sur les plateaux des chaînes d’info, ce que je me refuse à faire ». Cette notoriété agressive procure un double atout au mélenchoniste : il est connu des classes moyennes par ses passages à la télévision, mais aussi dans les quartiers populaires grâce à ses coups d’éclat sur Internet. « Je milite depuis toujours à Roubaix, ajoute Amrouni, mais la personnalité célèbre, c’est lui. »
Fidèle de la ligne communautaire, Guiraud fait dire autour de lui qu’Amrouni n’est pas un vrai immigré, que son intégration républicaine le coupe de l’électorat musulman, bref, que c’est une sorte « d’Oncle Tom » traître à sa communauté. Face à cette campagne au parfum identitaire, Amrouni dénonce la « victimisation des musulmans » et prêche l’unité de Roubaix, le développement économique allié à la solidarité sociale, la rénovation urbaine et la correction de l’image de la ville, handicapée par une réputation injuste. « Roubaix compte des dizaines de points de deal, remarque-t-il, mais aussi des milliers de bénévoles associatifs qui portent la ville à bout de bras ».
Social, sécurité et rénovation urbaine
Amrouni fait campagne contre la « discrimination à l’assiette », critique la « street food » qui prolifère à Roubaix, soutient un projet visant à assurer aux enfants des classes populaires un repas sain par jour à moins d’un euro. Il croit dans les activités périscolaires qui doivent renforcer les savoirs de base et veut créer une « banque du stage » à la mairie et des « maisons de quartier » qui deviendront « le réseau de ceux qui n’ont pas de réseau ». Programme axé sur le social, mais aussi sur la sécurité : développement de la vidéo-verbalisation, rondes pédestres organisées par la police municipale armée, tolérance zéro pour les incivilités, lutte redoublée contre le narcotrafic.
Face à lui, Guiraud sera-t-il le bénéficiaire de la « mobilisation communautaire », levier stratégique de la France insoumise soigneusement mis en œuvre par une attitude ambiguë envers les prêcheurs islamistes et par une campagne obsessionnelle autour de la guerre de Gaza ? « Rien n’est moins sûr, répond Amrouni. Les immigrés sont bien plus intégrés qu’on le dit à l’extrême-droite et à l’extrême-gauche. Il n’y a pas de réflexe identitaire à Roubaix, les immigrés tendent à se répartir politiquement comme le reste de la population, sur la base de critères sociaux ou politiques et non ethniques. La seule communauté, c’est la communauté de vie des Roubaisiens. Il faut aller à l’essentiel : la bienveillance et la solidarité humaine. » En un mot : le pari d’Amrouni vaut aussi pour la France.
Pour un socialisme démocratique renouvelé et indépendant,
Je soutiens LeJournal.info
Par une aberration géographique et politique, la future ligne à grande vitesse transversale, qui devrait innerver les régions qu’elle traverse, empruntera un détour surréaliste par le centre de l’Île-de-France. Une décision qui traduit le renoncement à toute politique d’aménagement du territoire. Lire l’article
Dans un film subtil et d’une redoutable intelligence, Paolo Sorrentino met en scène la réalité nuancée et profonde de la responsabilité au plus haut niveau. Passionnante étude de la politique, telle qu’elle devrait être. Lire l’article
Le Parti socialiste a saisi la justice à la suite des propos tenus par Arno Klarsfeld sur CNews. Initiative salutaire : après la condamnation de Jean-Marc Morandini, elle mettra peut-être un frein à la logorrhée honteuse que diffuse la chaîne de Bolloré. Lire l’article
La dernière création de Donald Trump, le Conseil de la paix, n’a pas suscité un grand élan à Davos, où l’intéressé s’est plutôt ridiculisé. Benyamin Netanyahou a toutefois rejoint ce conseil, illustrant de facto sa dépendance vis-à-vis du président américain. Lire l’article
C’est un moment rare, un instant privilégié : la semaine de la reculade de Trump, qui a vu pour la première fois l’Europe se rebiffer contre les extravagances américaines. Une victoire importante mais fragile… Lire l’article
LeJournal.info a 2 ans et il a déjà beaucoup grandi, mais nous avons besoin de vous !
Pour nous soutenir, deux formules d’abonnement : annuelle (80€/an) ou mensuelle (4€/mois).