L’édito – Effet politique du mouvement social

EFFET POLITIQUE DU MOUVEMENT SOCIAL

LibreJournal.fr
3 min ⋅ 31/10/2026

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Percutant la présidentielle, le mouvement social en cours, quoique très légitime, a des conséquences inquiétantes sur la campagne, qui sont à l’opposé des espoirs des manifestants…

Quel est l’effet politique du mouvement social ? Alors que la mobilisation continue, venant percuter la pré-campagne présidentielle, il n’est pas interdit de le demander, la réponse dût-elle déplaire à tel ou tel camp.

Commençons par le commencement : la révolte lycéenne, comme celle des gilets jaunes ou des salariés, a mis en avant des revendications qui tiennent aux conditions d’étude et au pouvoir d’achat, que la majorité de l’opinion tient pour légitimes. Ont-elles avancé ? Oui, même si le gouvernement y répond avec une lenteur qui n’est pas pour rien dans la mobilisation.

Les revendications sociales et les réponses gouvernementales

Réforme, voire remplacement de Parcoursup, crédits pour les établissements vétustes, embauche de professeurs : les lycéens commencent d’être entendus, même si l’ampleur des concessions gouvernementales est jugée très insuffisante. S’agissant du pouvoir d’achat, les avancées sont moins nettes : très léger coup de pouce sur le SMIC, efforts ciblés sur le prix de l’essence. Au vrai, Sébastien Lecornu vit sous l’épée de Damoclès de la crise financière et tente par tous les moyens de limiter l’addition, argument dont les manifestants n’ont cure, ce qui promet une prolongation des manifestations.

Aussi bien, comme lors des grands mouvements précédents, une génération nouvelle se politise dans l’enthousiasme de la mobilisation et la tension des affrontements de rue ; elle jouera immanquablement un rôle dans les années à venir. La brutalité de la réponse policière – ou sa fermeté, c’est selon – crée au sein d’une grande partie de la jeunesse un sentiment de rejet ou de révolte à l’égard des forces de l’ordre et du régime en place qui profite pour l’essentiel à la gauche radicale et ne restera pas sans conséquences.

Les conséquences politiques pour les candidats

La macronie est la grande perdante de l’affaire. Au pouvoir depuis dix ans, elle est tenue pour responsable à la fois de sa propre impécuniosité, liée à la persistance des déficits, et de la raideur de sa réaction, avant tout calibrée pour réprimer les désordres et qui alimente un fort soupçon d’autoritarisme. Il est probable que la chute sondagière de ses candidats, qui entraîne avec elle la droite classique, elle aussi associée au régime, est liée à la crise en cours. Indice éloquent : l’infortune de l’ancien favori, Édouard Philippe, s’est accentuée depuis le début du mouvement.

Quoique crédité d’un score conséquent, Raphaël Glucksmann ne bénéficie pas de la mobilisation. La scandaleuse tactique des Insoumis, qui conspuent le candidat de la gauche réformiste dès qu’il apparaît dans un cortège, l’empêche de marquer son engagement aux côtés des manifestants et tend à éclipser ses interventions. En corollaire, c’est la France insoumise, liée au mouvement depuis le début, qui en tire le bénéfice le plus net. Sa popularité au sein d’une partie de la jeunesse en sort renforcée et sa force militante en est augmentée d’autant ( voir l’article de Valérie Lecasble dans le LibreJournal ).

Les violences et le débat sur l’ordre

Mais cette consolidation militante, visible aussi dans les enquêtes d’opinion, a un corollaire désastreux. Les violences commises pendant les manifestations par les activistes de l’ultra-gauche et l’action des pilleurs de magasins ont créé un traumatisme profond dans la population. Des milliers de commerçants vivent désormais dans la hantise de la casse et du vol, voyant leur chiffre d’affaires fondre comme neige au soleil. La grande majorité de l’opinion s’indigne des exactions de rue et craint de voir l’État débordé par les fauteurs de trouble. Cette angoisse devant une violence incontrôlée et inédite par son intensité n’a qu’un seul bénéficiaire : le « parti de l’ordre » activé par la crise, qui exige le retour à la tranquillité publique à tout prix. En son sein, le Rassemblement national joue un rôle central par son discours uniquement centré sur la répression des casseurs. Les manifestants jugeront sans doute cette conclusion désagréable, pourtant elle s’impose d’elle-même : aussi légitime soit-il, ce mouvement social a conforté de toute évidence la place de favorite de la présidentielle occupée par Marine Le Pen.

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Laurent Joffrin est écrivain et journaliste, auteur d’une lettre politique fondée sur les valeurs de la gauche républicaine, sociale et écologique. Licencié en sciences économiques, diplômé de Sciences Po et du Centre de formation des journalistes, il a dirigé Le Nouvel Observateur et Libération pendant de longues années. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, essais politiques, livres d’histoire et romans policiers historiques, notamment Les Aventures de Donatien Lachance, détective de Napoléon et Les Enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire des Lumières. Il a produit pour France Inter l’émission Diagonales, au croisement de la culture et de la politique et, pour France 5, l’émission Les Détectives de l’Histoire. Il participe régulièrement aux débats politiques des chaînes d’info. Il préside Engagons-Nous, association et thinktank progressiste. Il pratique la voile sur son plan Cornu Pleg Mor ; il a animé longtemps le groupe pop les HeadlessChicken.