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Pour Paul Krugman, prix Nobel d’économie, la situation financière du pays en fait le maillon faible de l’Union européenne. Un avertissement solennel à tous les partis en lice pour la prochaine élection.
« What’s the Matter With France ? » (« Quel est le problème avec la France ? »). Sous ce titre compatissant (*), l’économiste et chroniqueur Paul Krugman brosse un scénario de crise qu’on lira avec grand profit. Il en ressort, en un mot, que notre pays file un si mauvais coton économique qu’il pourrait se retrouver, un jour ou l’autre, en faillite pure et simple.
Krugman n’a rien d’un Cassandre professionnel, ni d’un « ultra-libéral » révulsé par le modèle social français. C’est un économiste classé à gauche, contempteur infatigable de Donald Trump et défenseur sincère de l’économie mixte à la française. Son cri d’alarme n’est donc pas suspect de biais partisan : il n’en est que plus éloquent.
Les marchés renchérissent le risque français
Ce lanceur d’alerte bien intentionné part d’une constatation négligée mais fort convaincante : le cours des CDS se rapportant à la dette française vient de s’envoler brutalement. Un Credit Default Swap, ou « contrat d’échange sur le risque de défaut », est un produit financier dérivé qui fonctionne comme une assurance contre le risque de faillite ou de défaut de paiement d’un emprunteur. Le doublement soudain de son cours sur les marchés financiers signifie que les investisseurs en viennent à douter de la signature de la France et qu’ils jugent désormais possible que le gouvernement se retrouve tout bonnement en défaut de paiement, contraint dès lors de se tourner vers la Banque centrale européenne ou le Fonds monétaire international pour assurer ses paiements.
Certes, ajoute Krugman, nous n’y sommes pas et ce risque est encore jugé minime par la plupart des analystes. La France ne rencontre aucune difficulté pour trouver des prêteurs et peut financer ses dépenses, quoiqu’à un prix très élevé (5 % sur ses nouveaux titres de dette, un point de plus que l’Allemagne). Mais tout pourrait changer en raison d’un mécanisme redoutable. Si la confiance des marchés s’étiole (ce que suggère le cours des CDS), ceux-ci exigeront un intérêt de plus en plus élevé pour leurs créances. Le coût du financement de la dette risque de devenir exorbitant, reculant d’autant le moment où la situation financière du pays s’améliorera. Voyant cela, les marchés prendront peur et demanderont un intérêt encore plus coûteux, qui aggravera encore le déséquilibre. Ce cercle vicieux peut déclencher une véritable panique, qui obligera la France à crier au secours. Dans ce cas, il n’y aura pas de bon Samaritain : les sauveteurs (BCE, FMI) n’ouvriront leur bourse que si le pays adopte en urgence un plan d’austérité carabiné, à la manière de celui qui a été imposé à la Grèce en 2010-2015.
Le scénario d’une crise de confiance
Bon prince, Krugman dit son espoir de se tromper et de voir le pays échapper à ces remèdes de cheval. Mais son diagnostic est implacable : faute d’un redressement, qui passe, entre autres, par une réforme des retraites susceptible d’équilibrer les comptes, la France risque de se placer sur un toboggan fatal. Comme le remarque Sylvie Pierre-Brossolette (voir dans le LibreJournal), l’avertissement vaut pour tous les candidats à la présidentielle.
La crise lycéenne sous contrainte budgétaire
Il permet aussi de mieux comprendre la crise lycéenne en cours. La tactique dilatoire de Sébastien Lecornu ne tient pas seulement à son manque de compréhension de la révolte lycéenne ou à son orientation droitière. Elle s’explique aussi bien par la peur des marchés qui étreint les gouvernants français, qui vivent désormais dans la hantise de voir s’enclencher le scénario Krugman.
(*) Voir la chronique de Krugman sur Substack.
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