FRONT RÉPUBLICAIN OU LIGNE MAGINOT ? - L’élection partielle de Savoie est encore un signe inquiétant : c’est un jeune poulain d’Éric Ciotti et du milliardaire Pierre-Édouard Stérin qui a été élu dans cette circonscription jusque-là tenue par LR. Leçon : les électeurs de droite ont déserté le « front républicain ».
Maire d’une commune rurale, mais aussi allié d’Éric Ciotti et jeune pousse arrosée par le milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, Antoine Valentin a été élu dans lal 3ᵉ circonscription de Haute-Savoie. Alors même que la droite classique était bien implantée en Savoie et que la circonscription avait été remportée par une militante LR en 2024, Valentin, qui fut aussi compagnon d’Éric Zemmour, a distancé son rival LR Christophe Fournier, un proche de Laurent Wauquiez, de quelque 30 points au premier tour.
La droite déserte le front républicain
Au second, la gauche a joué le jeu du front républicain et s’est reportée sur le candidat LR. Mais celui-ci a été trahi par les siens : les électeurs de droite n’ont pas volé au secours de leur représentant traditionnel et ont préféré faire élire le candidat de l’extrême droite.
On dira qu’il s’agit d’un cas isolé, que la Savoie n’est pas la France, que les conditions locales ont joué leur rôle, etc. Peut-être. Mais un constat s’impose : en 2024, la candidate LR Christelle Petex avait réussi à rallier autour d’elle une coalition anti-RN gagnante qui avait barré la route d’Antoine Valentin. Cette fois, en dépit des appels au sursaut anti-extrême droite lancés par plusieurs maires de la circonscription, de droite et de gauche, son successeur Fournier n’y est pas parvenu. Qu’en déduire, sinon que le « front républicain » a perdu la moitié de ses troupes : les électeurs de gauche y souscrivent toujours, ceux de droite l’ont déserté.
Vers une « ligne Maginot » électorale
Cette preuve par le vote vient confirmer ce qu’on observe depuis des mois au niveau national : l’électorat traditionnel de la droite est de plus en plus tenté de rallier les national-populistes. Idéologiquement, il partage de plus en plus d’idées ou de réflexes avec le Rassemblement national ; il a été ulcéré par le macronisme finissant, contraint de passer des compromis avec la gauche pour survivre ; enfin, la radicalité et la brutalité affichées par La France insoumise l’incitent à ne plus mélanger ses votes avec ceux de la gauche dans un « front républicain », quitte à laisser élire l’extrême droite.
Faut-il le rappeler ? C’est la réapparition de ce même « front républicain » qui avait privé le RN de la victoire lors des élections législatives de 2024 consécutives à la dissolution décidée par Emmanuel Macron. La défection de la droite le transforme en ligne Maginot électorale, que les bataillons nationalistes risquent de contourner sans peine au prochain scrutin national. La leçon est claire : pour empêcher Marine Le Pen ou Jordan Bardella d’entrer à l’Élysée, on ne pourra pas compter sur un vote républicain automatique. Il faudra rallier une majorité d’électeurs des deux bords. Ce qui suppose de ne pas les faire fuir par des positions radicales qui justifieraient leur défection au second tour.
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