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Condamnée et candidate… La cheffe du RN prétend se présenter à la présidentielle sur la base d’un pourvoi fumeux en cassation, après deux condamnations infamantes pour détournement de fonds, l’une en première instance, l’autre en appel. Et personne ne se gendarme devant ce recul spectaculaire de la morale publique…
En 1993, frappé par la multiplication des procès pour corruption impliquant des élus, le chef du gouvernement avait décidé que tout ministre mis en examen devait démissionner, quitte à revenir aux affaires si son innocence était établie par la décision des juges. Cette « jurisprudence Balladur » s’était imposée à ses successeurs. Ainsi Dominique Strauss-Kahn, par exemple, avait-il dû quitter Bercy avant d’être blanchi et réintégré dans ses fonctions.
De la jurisprudence Balladur au changement d’époque
C’était un autre temps, et un autre monde, où le souci de la morale publique comptait encore quelque peu dans la vie politique. Car si la « jurisprudence Balladur » était encore en vigueur, au RN entre autres, Marine Le Pen aurait dû se mettre en retrait jusqu’à ce que son innocence soit reconnue, comme elle le clame à tous vents. « Tête haute, mains propres », affirmait une affiche de feu son père. Elle préfère un autre slogan : « Mains sales et coups de menton ».
Une évolution du rapport à l’État de droit
Il est vrai que François Fillon avait ouvert la voie. Après avoir déclaré d’un ton définitif qu’on ne pouvait imaginer « De Gaulle mis en examen », visant par cette perfidie son rival Nicolas Sarkozy, il avait mené sa candidature jusqu’au bout en dépit de sa mise en examen dans « l’affaire Pénélope », pour laquelle il a été finalement condamné sans rémission.
C’est ainsi que progresse à grands pas l’incessante campagne menée par la droite et l’extrême droite contre l’État de droit, fondée sur l’idée que le vote du peuple doit l’emporter sur les règles de droit, quand bien même celles-ci seraient manifestement bafouées par les élus, alors qu’elles s’appliquent sans échappatoire à tous les autres citoyens.
Les conséquences sur la morale publique
On remarquera au passage que les ennuis judiciaires du RN ne lui ont pas coûté un seul point dans les sondages. Persuadés que Marine Le Pen est victime d’un « complot de l’establishment », les électeurs lepénistes se moquent des décisions de justice comme de leur premier bulletin de vote, tout comme ceux de Donald Trump n’ont que faire des malversations et des illégalités dont le président se rend coupable jour après jour. La mithridatisation a fait son œuvre : par la force de la répétition et du mensonge, le poison du trumpisme se répand à grande vitesse en France.
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