PS : PARTI SINUEUX
Après avoir rompu officiellement avec Jean-Luc Mélenchon, les socialistes passent avec LFI des accords de fusion dans une ribambelle de villes importantes. Indéfendable contradiction…
Qui peut comprendre, défendre, approuver la ligne du Parti socialiste dans cette élection municipale ? Bref rappel : après les sorties à forte connotation antisémite de Jean-Luc Mélenchon, qui faisaient suite à un soutien appuyé aux méthodes brutales de La Jeune Garde à Lyon, le bureau national socialiste s’était fendu d’un mâle communiqué où il condamnait « sans réserve » les « caricatures complotistes et propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélenchon. Niant que le leader insoumis ait pu commettre un lapsus en prononçant les patronymes juifs « Epstein » et « Glucksmann », il ajoutait vertement : « que ce soit son inconscient qui parle ou que ce soit délibéré, c’est inacceptable (…) Le fait de renouer avec des tropes antisémites qu’on pensait inimaginables à gauche a été pour nous le franchissement de l’inacceptable ».
Va comprendre, Charles… Quelques jours plus tard, alors même qu’Olivier Faure écartait « tout accord national » avec LFI, on s’aperçoit que les socialistes, avec l’approbation de leur direction, ont conclu avec LFI des accords de fusion à Toulouse, Besançon, Limoges, Lyon, Nantes ou Avignon (la liste n’est pas limitative…). Toutes villes qui n’ont rien de secondaire ou d’anecdotique dans le paysage politique.
Une stratégie jugée illisible
Ainsi la distinction jésuitique entre accords nationaux et accords locaux ne recouvre rien de tangible. Elle débouche sur un mot d’ordre implicite mais clarissime : partout où cela permet de gagner ou de mieux figurer, l’accord avec LFI est accepté, pour ne pas dire encouragé, antisémitisme ou pas. Avec pour excuse une autre subtilité byzantine : les leaders locaux de LFI sont réputés réprouver les déclarations de Jean-Luc Mélenchon. L’ennui, c’est qu’on peine à trouver trace de cette réprobation, dans un parti où les voix dissidentes sont rapidement étouffées par injonction ou par éjection. PS ? Parti sinueux ou, si l’on cherche des adjectifs commençant par « s », Parti sournois, sauteur, soumis ou subreptice…
Fort heureusement, à Lille, Paris et Marseille, trois élections phares, Arnaud Deslandes, Emmanuel Grégoire et Benoît Payan ont fait ce qu’ils avaient annoncé : jouer l’union de la gauche sans LFI, en prenant un risque, mais aussi avec de bonnes chances de l’emporter. Aussi bien, à Toulouse, plusieurs membres de la liste PS Briançon ont refusé la fusion avec LFI et à Bordeaux, en dépit des tentations, la liste d’union conduite par le courageux écologiste Pierre Hurmic a refusé tout accord avec LFI.
Deux lignes opposées au sein du PS
Autrement dit, il y a bien deux PS dans le PS : d’un côté ceux qui jouent pour la énième fois l’ambiguïté et la nostalgie d’une union de la gauche que les Insoumis se sont ingéniés à rendre impossible, sauf soumission des socialistes (se souvient-on que Mélenchon a traité Mathieu Hanotin, candidat PS à Saint-Denis, de « bourgeois visqueux » ?) ; de l’autre ceux qui veulent l’émancipation socialiste au sein d’une gauche débarrassée du « bruit et de la fureur », comme de toute complaisance envers l’antisémitisme.
Les seconds peuvent néanmoins se consoler en observant plus calmement les résultats de ce premier tour : si la poussée insoumise est incontestable par rapport à ce qu’on attendait, ou en regard de ses piètres résultats de 2020, elle n’a rien d’un raz-de-marée à l’échelle nationale. Quelques chiffres le montrent : dans les villes de plus de 30 000 habitants, les partis dominants ne sont pas ceux qu’un commentaire paresseux de la performance de LFI pourrait suggérer. Faisons le compte des listes arrivées en tête. LR : 133 villes, PS : 81, RN/UDR : 73, PCF : 38, Horizons-Modem : 23, EELV : 9 et LFI… 5 ! Si ces proportions se confirment au second tour, les vainqueurs du scrutin sont d’abord la droite classique et le Parti socialiste, suivis par le RN. Au total, en dépit de son début d’implantation, LFI reste marginale. Rien n’est perdu, donc, même si la ligne cauteleuse choisie par la direction du PS rend illisible sa stratégie…
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